Multipartisme : non à un remède pire que le mal

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

« Le nombre de partis politiques enregistrés au Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique n’et pas en adéquation avec la réalité sociopolitique de notre pays. » Ainsi parlait Boni Yayi, Président de la République. C’était la veille du 1er août 2009, dans l’allocution qu’il a  prononcée dans le cadre du 49eme anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale.
Le Président se désolait ainsi de notre système de multipartisme intégral. Il serait générateur d’un grand désordre sur l’échiquier politique. Il serait responsable d’une non moins grande cacophonie qui tympanise tout le monde. D’où l’idée d’une réforme possible de ce système. Que faut-il en penser ?

La multiplicité à l’infini des partis politiques à l’ombre du multipartisme intégral, a tout l’air d’un cancer. Ceci dans un contexte où la culture politique demeure encore faible, avec plus d’amicales politiques, plus de clubs électoraux que de vrais partis politiques ; avec des hommes de paille, sans idées, sans vision. Une démocratie se condamne à mourir de sa plus belle mort si elle devait compter avec  des démarcheurs électoraux bombardés responsables politiques, s’érigeant même en faiseurs de roi entre les deux tours d’une élection.

En fait, ce n’est pas le multipartisme intégral en soi qui est en cause. Quand les règles du jeu sont observées par tous, sans volonté de tricher, de ruser, le multipartisme intégral est le meilleur garant des libertés sur le front de l’animation de la vie politique d’un pays. C’est un peu comme à nos cordons douaniers : sans la contrebande, sans les arrangements entre douaniers et commerçants, la bonne santé des caisses de l’Etat reste étroitement liée au volume et à la qualité des marchandises importées. Plus il y en a, mieux cela vaut.
Pour dire que ce n’est pas le multipartisme intégral qu’il faut réformer. Mais c’est plutôt l’environnement de la politique qu’il faut assainir. Histoire d’éviter de s’éreinter à traiter les conséquences du mal, au lieu de s’attaquer à ses causes. La vraie question, la voici : comment réviser notre état d’esprit au sujet de la politique pour espérer nous guérir de nos maux, donnant ainsi, chez nous, plus de lustre, plus d’allant au multipartisme qui ne devrait jamais cesser d’être intégral ?  

Il faut, tout d’abord, que le débat démocratique aide à promouvoir une culture politique largement et universellement partagée. Le débat, dans une société démocratique, est un révélateur puissant de talents et de compétences. Quand le débat s’anime, les masques tombent. Il n’est plus  possible de faire semblant. Le leadership qui se dessine et qui s’affirme alors se fait avec ceux qui peuvent démontrer leur capacité à avoir des idées, à savoir les soutenir et les défendre, à convaincre et à être convaincants. La qualité agit toujours comme un tamis. Elle élimine le son de la médiocrité.

Or, aujourd’hui, nous refusons le débat dans des espaces d’expression publics qui devraient être ouverts à tous. Exemple : les médias de service public. Dans un système démocratique pluraliste, ces médias ne devraient plus ressortir à cette espèce en voie de disparition appelée la presse d’Etat. Nous tuons le débat dans des espaces d’expression privés, compartimentés en sanctuaires partisans dans lesquels chacun s’essaie à jouer à « la voix de son maître ». Toute situation de monopole ou d’exclusivité constitue une menace en démocratie. Nous ajournons le débat pendant les campagnes électorales, préférant la juxtaposition des discours  à  des face-à-face de candidats, sous l’arbitrage du citoyen électeur.  

Il va falloir, ensuite, opérer par la loi une nette séparation entre l’espace de l’Etat et l’espace partisan. Le multipartisme restera hélas une vaste mangeoire politicienne, la rivière à étancher les soifs, tant que nous n’aurons pas réussi à imposer cette démarcation. Il est coupable celui qui, au pouvoir, s’offre les moyens de l’Etat pour se perpétuer au pouvoir. L’est tout autant celui qui rêve d’accéder au pouvoir pour plier l’Etat à sa volonté, le mettre au service de ses ambitions partisanes. L’Etat se doit donc d’être protégé, par la loi, contre les instincts prédateurs de tous les politiciens et de tous les bords. On ne doit donner à personne le bon Dieu sans confession.

Il va falloir, enfin, revoir complètement, règlementer  strictement, la part que doit tenir l’argent dans le jeu politique.  L’argent pour battre campagne ou conduire les activités d’un parti, Dieu sait qu’il en faut. Mais sans principes clairs, sans garde-fous impératifs, l’argent corrompt et dévoie le multipartisme. Il ne présente plus que la façade faussement respectable d’une grosse maffia en rupture de respectabilité. Plutôt parler d’une foire aux affaires, au milieu du tintamarre des intérêts particuliers en conflit que de vie politique où les valeurs, l‘éthique, l’intérêt général, le bien commun, ne devraient pas être de vains mots. Quand la démocratie est respectée en ses  principes, c’est tout naturellement qu’elle libère sa capacité d’autorégulation. Sinon, on se retrouve  dans la situation où le remède se révèle pire que le mal.

Jérôme Carlos
La chronique du 5 août 2009
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Publié dans Politique nationale

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