Porto-Novo an 50
Au revoir Lokossa, bonjour Porto-Novo ! Honneur à notre capitale administrative et politique. Elle abritera dans un an, les festivités qui marqueront le cinquantième anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. La ville aux trois noms : Adjatchè, Hogbonou, Porto-Novo – ouvrira, à cette occasion, ses bras et son cœur au Bénin tout entier.Le symbole est fort : ce fut à Porto-Novo, le 1er août 1960, qu’a été mis en terre l’arbre de l’indépendance, dans le bruit assourdissant de 101 coups de canon. C’est à Porto-Novo, encore une fois, que le pays tout entier est convié, le 1er août 2010, sous la frondaison cinquantenaire du même arbre.
Cinquante ans d’indépendance pour un pays, pour un peuple, c’est assez significatif pour mériter qu’on s’y arrête. Mais la fête ne serait vraiment belle que si l’expérience que va vivre la ville la hissait à un cran plus haut que Abomey, Parakou, Lokossa. Si nous ne réussissions pas à corriger les insuffisances et les ratés notés à ces différentes étapes, nous n’aurions su tirer aucun enseignement de cette expérience des fêtes tournantes. Mais en quoi Porto-Novo pourrait être différent et faire la différence ?
C’est d’abord que la ville bénéficiait déjà d’un plan de réhabilitation depuis plus d’une dizaine d’années. Mobilisant déjà des ressources dans ce cadre, avec à la clé un certain nombre de réalisations, Porto-Novo, pour être au rendez-vous du 1er août 2010, doit se doter de ressources additionnelles substantielles. On pourrait parler de deux budgets distincts, mais ordonnés vers le même objectif : bâtir une vraie capitale administrative et politique qui soit la projection d’une grande ambition nationale et la matérialisation de notre volonté commune de donner une base référentielle à la nation en train de se construire. C’est ainsi que les Français regardent Paris, que les Russes ressentent Moscou ou que nos voisins nigérians commencent à percevoir Abudja.
Pour marquer d’une touche particulière la célébration à Porto-Novo du cinquantième anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, nous devons engager et gagner, ici et maintenant, un triple combat. Ce sont là les termes d’un engagement contractuel.
Le combat du temps, d’abord. Cela nous impose de suivre sagement le fabuliste : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». On ne peut construire durable, en effet, en cultivant le retard et en agissant à la va vite. Pour Porto-Novo, le compte à rebours a déjà commencé. Une horloge géante, à l’entrée de la ville, devrait, chaque jour, nous aider à décompter le nombre de jours qui nous séparent de l’événement. Une sorte d’œil de la conscience dans la ville, regardant chacun, rappelant chacun à son devoir, rappelant à chacun les termes du contrat.
Le combat des ressources financières d’autre part. Nous entendons déjà d’ici, la sempiternelle chanson : « Nous sommes en période de crise, synonyme de vaches maigres. L’argent est rare et le pays est pauvre ». Convainquons-nous que nous ne prendrons un rendez-vous ferme et fructueux avec Porto-Novo le 1er août 2010 qu’en nous donnant des moyens à la hauteur d’une ambition grande. Il ne devrait pas être question de boire peu au prétexte que son verre est petit. Les plus grandes réserves d’argent sont moins dans les coffres-forts des banques que dans l’imagination créatrice de chacun de nous. Aussi devrions-nous dérouler, dès aujourd’hui, la panoplie d’idées pouvant aider à un appel et à une mobilisation de fonds (Loterie, tombola, vente de divers objets commémoratifs, téléthon, contributions diverses et volontaires d’amis de la cité, des Béninois d’ici et de la diaspora…) Le tout devant être assorti d’une gestion transparente, sous le contrôle et la supervision de personnes désignées es qualités.
Le combat enfin de l’audace créatrice. Il s’agit, dès aujourd’hui, de proclamer Porto-Novo espace national de créativité, ville ouverte au savoir et au savoir faire de nos architectes, urbanistes, paysagistes, artistes plasticiens. A charge pour eux d’imaginer et de projeter, en toute liberté, le Porto-Novo de leurs rêves à travers des schémas, des plans et des maquettes. Des espaces et des emplacements devront être concédés. Des contrats de partenariat devront être négociés. Des sponsorings devront être recherchés.
Au total, nous avons une belle occasion de faire de Porto-Novo un laboratoire. Nous y testerons nos idées en matière de participation citoyenne. Car Porto-Novo n’est pas à confiner dans le rôle d’un chef lieu de région. Porto-Novo, c’est la capitale du Bénin. Et avant d’être l’affaire des Porto-Noviens, Porto-Novo est d’abord et avant tout l’affaire de tous les Béninois. Et c’est parce que nous nous serons reconnus tous dans la capitale de notre pays que nous pourrons affirmer la conscience d’appartenance à une commune patrie ainsi que la volonté de vivre en commun. Ce par quoi se définit la nation.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 4 août 2009
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