Dossier Sen-Sad : « Boni Yayi n’est pas défendable », selon Adrien Houngbédji
Le président du Parti du renouveau démocratique, Me Adrien Houngbédji est maintenant décidé à ne donner aucun répit au Chef de l’Etat sur les questions touchant le quotidien des Béninois. Hier dans l’entretien qu’il a eu avec nos confrères de Canal, le Chef de file des Tchoco-Tchoco a, une fois encore, fait le constat que le Bénin est gouverné de façon hasardeuse par les princes du changement.La mécanisation de l’agriculture pour un accroissement de la production agricole, la crise énergétique, la gouvernance administrative et institutionnelle et bien d’autres sujets ont été abordés au cours de cet entretien. Pour accroître la production agricole, le gouvernement du Dr Boni Yayi est passé à la mécanisation en achetant pour dix milliards de F Cfa du matériel agricole. La révolution agricole était ainsi mise en route. Cette révolution agricole, a malheureusement constaté, le président du Prd, n’est qu’un leurre puisque le gouvernement a choisi de mettre la charrue avant les bœufs. Il a en effet constaté que le Chef de l’Etat et ses révolutionnaires verts n’ont pas pris la peine d’identifier d’abord les terres avant de se lancer dans l’achat des machines. Mieux, il n’y a pas adéquation entre les machines achetées et les sols à cultiver. Avait-on fait des études agro-pédologiques garantissant l’efficacité des méthodes culturales ? C’est la question que s’est posée Me Adrien Houngbédji. Pour lui, telles que les choses se passent, nous risquons d’avoir bientôt un autre scandale avec un cimetière de ferrailles qui aura coûté dix milliards de F Cfa aux Béninois.
La politique énergétique
Sur ce volet, Me Adrien Houngbédji a tout simplement noté le manque de vision du Chef de l’Etat. Rembourser les dettes de la Sbee qui se chiffrent environ à 70 milliards de F Cfa n’est pas, selon lui, synonyme d’une politique énergétique. « Le président Yayi a dit qu’il a affecté 70 milliards à la Sbee pour qu’elle paie ses dettes et qu’il a augmenté les tarifs de l’énergie électrique pour pratiquer la vérité des prix. D’accord ! Ce sont des mesures d’urgence. Mais elles n’ont pas été suivies de mesures d’accompagnement pour les plus pauvres. Mais, est-ce que c’est cela une politique énergétique ? Une vision ? Non ! », a estimé Me Adrien Houngbédji qui n’a pas manqué d’aborder sur ce volet la situation que vivent aujourd’hui les Béninois, malgré l’interconnexion avec le Nigeria. « Il nous a été dit que notre connexion avec le Nigeria répondait à la «coprospérité partagée». Mais hélas ! Je note que nous vivons la pénurie partagée ; car le Nigeria n’avait pas assez d’électricité pour sa propre population et ne peut donc pas durablement fournir ce qu’il n’a pas et qu’au mieux, c’était la politique de la pénurie partagée. Il avait décidé en Conseil des Ministres d’acheter et faire livrer dans un délai de trois mois des turbines à gaz. Et c’est après avoir rendu publiques ses décisions, que le Chef de l’Etat s’est rendu compte qu’il fallait au moins 18 mois pour l’acquisition de ces turbines, et deux ans pour le montage. Qu’est devenu ce projet ? Cela témoigne de l’improvisation et de la navigation à vue que j’ai toujours dénoncées », a dit le président du Prd.
L’administration
Pour ce qui est du volet de l’administration pour laquelle le Chef de l’Etat s’est inquiété au cours de son entretien avec la presse, le président du Prd a noté avec pincement au cœur que depuis trois ans et demie que Boni Yayi est au pouvoir, il n’a rien fait pour corriger les tares de l’administration pour la transformer en une administration de développement. Ce qu’on constate aujourd’hui, a-t-il dit, c’est que des cadres sans réelles compétences occupent des postes de responsabilité et commandent des cadres plus compétents qu’eux. Les catégories B commandent les catégories A. Pour lui, le président Boni Yayi ne peut donc pas s’étonner de l’inefficacité et de la corruption dans notre administration publique. « Sa pratique fondée sur le clientélisme, la chapelle (au sens propre et au sens figuré), le régionalisme contribue à saper les fondations, les valeurs et les règles de l’Administration », a-t-il dit pour constater que c’est tout simplement désastreux ! Il a d’ailleurs lancé un défi au Chef de l’Etat que s’il conteste ce qu’il énonce, qu’il publie les CV des cadres occupants des fonctions techniques. « Nous avions dit que nous avons un Président sans vision, qui navigue à vue, dans l’improvisation et la précipitation. C’était en septembre 2006. Trois ans après, ce que nous constatons c’est que le président n’a toujours pas de vision, qu’il gouverne toujours de la même façon, obsédé qu’il est par le 2ème mandat. C’est en outre un président absent, absorbé par sa campagne électorale précoce, qui ne contrôle rien, ne sait rien, ne décide de rien….C’est tragique parce que les Béninois commencent à payer le prix de ses calamités et à payer le prix fort », a conclu Me Adrien Houngbédji sur ce volet.
Dossier Sen-Sad
Sur le dossier Cen-Sad, le président Adrien Houngbédji a tout simplement constaté la démission du Président de la République. Pour soutenir sa position, il s’est d’ailleurs référé aux déclarations du président Boni Yayi. « Parlons du dossier Cen-Sad et regardez vous-même ce qu’il dit à ce propos : que lui, le Président de la République ne va pas au Conseil des Ministres, sauf s’il a un point particulier et un dossier particulier, et que ce dossier n’étant pas assez important pour qu’il y aille ; qu’il avait même oublié qu’une communication est passée en Conseil des Ministres sur le dossier CIC-Palais des Congrès et que c’est le Secrétaire Général du Gouvernement qui le lui a fait découvrir ; que c’est en lisant ce document qu’il a découvert qu’il n’y avait pas de dossier d’appel d’offres, pas de marché public, pas d’adjudicataire : 7 milliards !!!; qu’il pensait que le dossier a été géré par le Ministre de l’Urbanisme, et que c’est en lisant le rapport de l’IGE qu’il a su que c’est le Ministre des Finances qui l’a géré ; mais que lorsqu’il a interpellé le Ministre des Finances, ce dernier lui à répondu « M. le Président, j’ai agi dans le cadre de la délégation que vous n’aviez donnée», c’est-à-dire sur vos instructions. Si ce n’était pas du Bénin qu’il s’agissait et de 7 milliards de nos francs dilapidés dans un contexte de pauvreté, on conclurait seulement qu’il s’agit de la Cour du Roi Uru, on en rirait et on passerait à autre chose. Mais tout de même ! Il est Président de la République, Chef de Gouvernement, Chef de l’Etat, dans un régime présidentiel, et en tant que tel, c’est lui qui préside le Conseil des Ministres, et lorsqu’on a été Ministre une fois dans sa vie, on sait que le Conseil des Ministres non présidé par le Président de la République ne peut prendre aucune décision et l’exécuter sans qu’il en ait été d’abord informé, et sans qu’il l’ait avalisée. Plus grave, il avoue avoir pris une ordonnance pour mettre en exécution un collectif budgétaire de 197 milliards sans en connaitre le contenu. Non, ce n’est pas ubuesque ; c’est tragique. A quoi sert-il alors ? Que dirige t-il alors ? Que contrôle t-il donc ? De quoi est-il informé alors, s’il ne sait rien, s’il ne suit rien ? Comment convaincre les Béninois que le Président ne sait pas qui fait quoi dans son propre Gouvernement ? En réalité, il savait bien ce qui se passait et la réponse de Lawani est claire : « j’ai agi dans le cadre de la délégation que vous m’avez donnée». Cela signifie dans le cadre des instructions que vous m’avez données. Yayi Boni savait », a renchéri Me Adrien Houngbédji qui a trouvé comique la ligne de défense adoptée par le Chef de l’Etat. « Au lieu d’agir, il a voulu gagner du temps, camoufler, dissimuler sa responsabilité personnelle. Si non, comment comprendre que lorsque les bruits de surfacturation arrivent à ses oreilles, il déclare qu’il attendait les députés, qu’ils mettent sur pied une commission d’enquête parlementaire, … et il les a attendus trois mois », a-t-il ajouté. Me Adrien Houngbédji a persisté et signé que tout ce que le Chef de l’Etat a dit dans le dossier Cen-Sad est comique, car sa complicité et sa culpabilité sont évidentes. Puisque c’est lui qui a pris l’ordonnance envers et contre tous ; et c’est lui qui a instruit le Ministre des Finances. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’il propose que le Rapport de l’IGE et le dossier qui l’accompagne soient immédiatement transmis tels quels à la justice, seule habilitée à faire des investigations complémentaires. Aussi, a-t-il souhaité que la liste exhaustive des bénéficiaires des malversations soit rendue publique et que les volets du dossier non encore étudiés par l’IGE (notamment le volet sécurité) soient examinés par cette institution.
Par ces temps de crise économique et de difficultés de trésorerie, il propose que le Président Boni Yayi réduise le train de vie de l’Etat et se sépare des collaborateurs dont les actes de mauvaise gestion et de malversation sont avérés. Pour lui, le Gouvernement ne doit être ni un refigium peccatorum, ni une caverne d’Ali Baba.
Journal LA PRESSE DU JOUR 06/08/09
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