49ème anniversaire de l’indépendance du Bénin : Le décollage vers l’émergence, le chemin est encore long
1er août 1960 - 1er août 2009. Voici quarante-neuf ans que notre pays a accédé à l’indépendance. Une indépendance politique intervenue deux ans après la proclamation de la colonie du Dahomey comme République. Ceci est intervenu le 4 décembre 1958. Débuté avec Hubert Maga, père de l’indépendance, plusieurs chefs d’Etat se sont succédés et des coups bas ainsi que des coups d’Etat sont intervenus. Le pays fut même surnommé l’enfant malade de l’Afrique. Puis vint le grand mouvement révolutionnaire de libération national (26 octobre 1972). La révolution a fait son temps, et la démocratie est revenue. Le multipartisme intégral. Plus de 200 partis politiques et mouvements sont enregistrés. D’autres se préparent à être créés…La révolution, avec les militaires qui, malgré un discours-programme alléchant et bien applaudi que le chef d’Etat Mathieu Kérékou avait proclamé le 30 novembre 1972, discours qui promet un pays où il « fera bon vivre pour chacun et pour tous », n’a pas pu nous sortir de l’ornière du sous-développement. Ces militaires se sont vite écartés de l’essentiel, les intellectuels leur ont proposé la voix du marxisme-léninisme comme guide philosophique et ils les ont suivis. Quinze ans durant. C’était l’ère du socialisme scientifique, une voie de développement qui nous avait arriérés sauvagement.
Fin de la Révolution
Dernier trimestre 1988, malgré les bonnes intentions des révolutionnaires qui prônaient la pensée unique qu’ils imposaient à tous, le pays était au bord du gouffre, cessation de paiement. 3 mois d’arriérés de salaires… grèves partout. Etudiants, travailleurs, ouvriers, paysans, artisans, toutes les couches sociales, hommes et femmes, étaient mécontents. Ils en avaient marre de la Révolution, marre de son Assemblée nationale révolutionnaire au sein duquel il y a pourtant toutes les catégories socioprofessionnelles. On les appelait « les commissaires du peuple » qui sont dignes de désigner le chef de l’Etat après un semblant d’élection où personne n’échoue. 99,99 % des suffrages. Le Président de la République, pareil. La loi fondamentale du 26 août 1977 est appliquée à la lettre. Qui n’est pas d’accord s’exile ou se tait. Les bavards, on les arrête, on les jette en prison. Torturés, maltraités, des pères de familles rendus aveugles par la lumière éblouissante qu’on les oblige à regarder. Soumission. Pas de droit de l’homme respecté. Ah Kérékou et sa clique d’alors. C’était la terreur. L’absolutisme, la tyrannie, le totalitarisme, la dictature.
Puis le 28 juillet 1989, deux commissaires du peuple, élus pour représenter l’Université nationale du Bénin, étaient chez Kérékou. Il s’agit de Me Robert Dossou et du Professeur René Ahouansou. Il faut louer leur courage. Ils ont osé dire haut et fort au Chef de l’Etat que si ça ne va pas, on change de voie. Emprunter le multipartisme serait mieux que le monopartisme pratiqué jusque là, avec la chasse aux ennemis de la Révolution, appelés les anti-révolutionnaires. Cela devrait cesser. L’idée de conférence nationale avait commencé par germer. Un remaniement gouvernemental a porté Me Robert Dossou au poste de Ministre du Plan et de la Statistique. Il avait reçu la lourde tâche d’organiser la Conférence nationale des forces vives du Bénin. En décembre 1989, la tension devient ingérable, Kérékou signe l’acte de décès du système militaro-marxiste.
Le multipartisme intégral a été décidé par l’historique conférence souveraine du 19 au 28 février 1990 à l’hôtel Plm Alédjo où toutes les forces vives du pays étaient conviées, y compris les exilés politiques. Et une période transitoire d’un an assurée par Nicéphore Soglo, premier ministre, chef du gouvernement cohabitant avec le Grand camarade de lutte, Mathieu Kérékou. C’est le début du renouveau démocratique. 1991, élection présidentiel. Soglo Président de la République après un face-à-face avec Kérékou au second tour de l’élection présidentielle.
Le retour à la démocratie
Depuis, la situation s’est améliorée. L’économie du pays a repris. Soglo a remis les Béninois sur les rails. Mais après cinq ans de pouvoir, les Béninois l’ont vomi, et Kérékou revient, cette fois-ci comme pasteur, homme de Dieu qui cite abondamment la Bible. Un repenti, en quelque sorte qui disait n’avoir besoin que de cinq ans pour se racheter. On l’a cru. Il arriva pour finalement faire dix ans. Deux mandats comme prescrit par la Constitution du 11 décembre 1990 contesté très tôt par Thomas Goudou un constitutionnaliste béninois enseignant au Maghreb. Il avait qualifié la Constitution d’un devoir bâclé mal relu. Aujourd’hui, dans une certaine proportion, l’histoire a donné raison à Thomas Goudou, ancien candidat à la magistrature suprême en mars 1991. La parenthèse Kérékou de 1996 à 2006 a servi à cultiver la paix, à sauvegarder les libertés. Le Bénin a même été sacré deux fois de suite, premier pays africain respectueux de la liberté de presse.
Mars 2006, les politiciens sont abandonnés, vomis par le peuple qui veut le changement. Le pays n’avait pas de problème politique. Les politiciens n’ont plus leur place pour gouverner le pays. Un technocrate est déniché. La confiance totale est placée en lui. Pour redresser l’économie du pays qui commence à tanguer. Banquier, économiste, ancien directeur de la Banque ouest africaine de développement. C’est l’homme chouchouté par tout le monde. Banquier de développement. Il arriva donc au pouvoir. Coup d’essai devenu coup de maître. C’est le Dr Yayi Boni. Il arriva contre vents et marées. Ce n’était pas facile, car les politiciens, pour l’interprétation du « moment des élections », terme utilisé dans la Constitution, on voulu écarter l’homme du Changement. La société civile, les syndicalistes, le peuple, tous se sont soulevés pour marcher et dire non. Arrivé au pouvoir, l’homme du changement a demandé un moratoire aux syndicalistes pour toutes revendications. Accepté, et même prorogé.
Mais, pour peu qu’à l’approche des législatives 2007, qu’il s’est lancé dans la campagne précoce, a confectionné une liste de candidats, a lutté âprement pour obtenir une majorité confortable à l’Assemblée nationale, les problèmes ont commencé. Les erreurs politiques ne cessent de se multiplier. Des amis de la BCEAO et de la Boad ainsi que les pasteurs évangélistes, sont invités à gouverner. Embrigadé par les pasteurs dont Nestor Dako (Directeur de cabinet civil de Yayi Boni, limogé le 24 juillet 2009) qui parle même de l’encadrement spirituel du Président de la République… Tiraillement avec des amis députés qui l’avaient soutenu au début du mandat, car pensent-ils, le Dr Yayi Boni ne fera pas de la politique politicienne mais plutôt la politique de développement. Perte de la majorité à l’Assemblée, malgré ses 35 députés des Forces cauris pour un Bénin émergent.
Bénin émergent, parlons-en de moins en moins, mais agissons, peut-être nous y arriverons
Ah oui, Bénin émergent. C’est un mot sorti par le Président Yayi Boni, mais qui a été galvaudé par ses lieutenants qui parlent même des communes émergentes, du gouvernement émergent… Pourtant, Bénin émergent est une vision, une aspiration pour tendre vers le miracle asiatique de ces 30 dernières années où la Chine s’est éveillée, avec les pays d’Asie du Sud-est. Des pays qui, il y a 30 ans étaient au bas de l’échelle dans l’économie du monde. Mais qui aujourd’hui rivalisent avec les pays de l’Europe occidentale et les Etats-Unis, en matière de prospérité économique. Quelle ambition !! C’est trop grand, c’est trop gros pour être réalisé, dans un pays où ce n’est que le Président qui comprend le mieux son « Bénin émergent ».
Yayi Boni a marché contre la corruption en 2007. Une marche verte sur près de 10 kilomètres pour dire non à la corruption, à la gabegie, à la concussion, au vol et au détournement des deniers publics. De 600 milliards de F CFA, le budget national est passé en 2007 à 800 milliards, puis en 2008 à 1000 milliards, avec une demande en octobre 2008 d’un collectif budgétaire de 120 milliards (d’aucuns parlent de 141 milliards). Les députés bloquent. Ils veulent comprendre comment, à l’occasion du 10ème sommet de la Cen-Sad (Communauté des Etat Sahélo-Sahariens) de juin 2008 tenu à Cotonou, le coût de la réfection du Centre international de Conférence construit à 4 milliards et de quelques retouches du palais de Congrès, peut être d’environ 7 milliards. Soupçon de malversation. D’autres soupçons notamment la clôture du camp de Parakou à 300 millions de F CFA pèsent sur le collectif budgétaire. Mais ces députés devenus opposants farouches au régime du changement ont été diabolisés. Une horde d’environ une dizaine de ministres étaient à l’Assemblée nationale pour défendre le dossier. Pas convaincant. Ils passent devant les écrans des télévisions béninoises. Pour expliquer aux populations que c’est le gouvernement qui avait raison. Puis quelques jours plus tard l’ordonnance est prise par le Président Yayi Boni. Un peu comme pour dire qu’il assume la responsabilité, quel que soit ce qu’il adviendra. Il a courageusement sollicité l’expertise de l’IGE, inspection générale de l’Etat pour vérifier les dépenses faites lors du sommet de la Cen-Sad.
Le rapport tombe. Un ministre épinglé. Ministre des finances. Avec des agents de son ministère qui ont fait partie du comité de dépouillement des appels d’offres gré à gré signés pour les réfections CIC et Palais des Congrès. Les députés diabolisés avaient donc raison.
S’inspirer des pays en avance sur nous, dans la sous-région ouest africaine
Le développement des villes, à commencer par la capitale Porto-Novo, zéro. Rien de sérieux n’a été fait. L’essentiel est concentré sur Cotonou, et les travaux de construction des routes sont accélérés à certains endroits, lents dans d’autres. La révolution verte promise a été lancée mais elle s’exécute tellement mal qu’on a envie de dire que c’est un échec garanti. Allons à l’école du Nigeria, de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Nous aurons beaucoup à apprendre d’eux. Même le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso ont beaucoup à nous apprendre. Pays émergents, c’est un peut trop beau, trop encombrant et nous risquons de lâcher en pleine course.
On peut s’inspirer de leur histoire d’émergence pour partir sur de bonnes bases. Mais commençons déjà par faire comme les pays d’Afrique de l’Ouest qui sont en avance sur nous. Changeons nos mentalités. J’ai encore beaucoup à dire. Les microcrédits aux plus pauvres, la césarienne gratuite, l’école primaire gratuite, les soins gratuits aux enfants de moins de 5 ans. Les entreprises industrielles ou de transformation des produits locaux ont des difficultés à décoller. Pour le moment, on pense peu à eux. Il y a quelques jours, j’ai vu Yayi Boni à la télé, accroupi, aidant une dame préparant du gari à Zakpota, en marge de la tournée présidentielle dans le Zou. Applaudissements des populations. Du populisme. Si c’était une usine de production du gari, 5 tonnes par jour, dans le respect des normes de qualité requises en vue de l’exportation vers les africains de la diaspora qui n’importent que du gari chinois, oui, j’applaudirais. Le cas Fludor et Shb est exemplaire et je l’y encourage fort.
Voyez-vous ? Les discours vont passer, les réjouissances populaires, la danse, la bouffe. Puis on reprend les mêmes habitudes. Pour décoller réellement à quand ?
Journal LA PRESSE DU JOUR 06/08/09
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