Roger Gbégnonvi, hier sur l’émission « zone franche » de canal 3, déclare: « yayi était bien informé de l’affaire Cen-Sad »

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Le professeur Roger Gbégnonvi est profondément déçu de la gestion du pouvoir par le Dr Boni Yayi. Après sa lettre ouverte de la semaine passée au chef de l’Etat dans laquelle, il a souligné un certain nombre de griefs contre le gouvernement qu’il a pourtant appelé de tous ses vœux en 2006, il est revenu, dimanche dernier sur Zone franche de Canal 3, à la charge. L’ancien ministre de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales explique son désenchantement par le fait qu’il attendait tout autre chose du nouveau président à savoir corriger les erreurs du passé et redonner espoir aux ’’petits et aux humbles’’. Mais hélas ! Dès que celui-ci a pris le pouvoir, confie-t-il, il a oublié les petits et les humbles. Pire, il dit être resté sur sa faim en ce qui concerne les audits, la lutte contre la corruption, l’enrichissement illicite et surtout la préservation de l’unité nationale. ’’Les gens que les audits ont épinglés, ce sont encore eux qui travaillent avec le chef de l’Etat et qui nous malmènent toujours’’ regrette-t-il. Sa déception est d’autant plus grande que le Chef de l’Etat n’a jusqu’ici rien entrepris pour faire voter la loi contre l’enrichissement illicite qu’il a pourtant promis au peuple dans son programme de gouvernement.
Le professeur de lettres est encore plus désemparé de ce qu’est advenu de l’unité nationale sous le règne du nouveau prince. Pour lui, l’unité nationale n’a jamais été autant menacée que depuis trois ans. Sur ce point, il avance : ’’les déclarations du ministre Nicaise Fagnon à Dassa et la non réaction du chef de l’Etat, c’est une petite affaire. Ça m’a fait de la peine de prendre connaissance de cette liste de 30 nominations qui révèle que les nominations clés ne proviennent que d’une seule et même région. Il y a de quoi frustrer les gens du sud. Ça veut dire que cette région a fait main basse sur le pays’’. Et, les multiples mécontentements qui se traduisent par des associations du genre Solidarité sud ne sont pas pour rassurer le professeur de lettres. D’ailleurs, il fait observer que c’est la première fois que les gens agitent le spectre de la guerre civile. Bref, le professeur Roger Gbégnonvi, compte tenu des différentes facettes présentées par l’actuel régime et son chef conclut : ’’il nous a trompés à 75%’’. Mais par sa dernière lettre, il déclare vouloir offrir une nouvelle chance au chef de l’Etat de se corriger d’ici la fin de son mandat.

Révélations sur l’affaire Cen-Sad
La non culpabilité du chef de l’Etat dans l’affaire Cen-Sad reste toujours d’actualité. De son côté, le professeur Roger Gbégnonvi n’y croit pas. Pour battre en brèche l’argumentaire présidentiel, il dit ne pas voir le ministre des finances Soulé Mana Lawani sortir un milliard des caisses de l’Etat sans en informer son chef. D’ailleurs, pour lui, les Béninois n’ont pas élu Lawani et que le chef de l’Etat ne soit pas souvent aux conseils des ministres parce qu’il est à l’extérieur ou à l’intérieur du pays n’exclut pas qu’il soit au courant de la gestion de ses ministres. Il continue : ’’Il n’y aurait jamais dû avoir l’affaire Cen-Sad. Ce que je lui reproche, c’est de n’avoir pas mis sur pied un background pour décourager ça. Il ne peut pas avoir corruption zéro mais l’impunité zéro, c’est possible’’. Toujours dans sa logique, le professeur Gbégnonvi dit n’avoir pas aimé que le Dr Boni Yayi, lors de son interview du 1er août dernier se déculpabilise sur ses collaborateurs. ’’Le chef de l’Etat m’a renvoyé tout au long de son entretien, l’image de sa sortie médiatique en 2006 où, oubliant de citer les députés dans son discours, il ne s’est pas gêné de dire que c’est la faute du protocole. Il ne peut pas dire qu’il n’est pas responsable. Le pardon, c’est très bien mais c’est à quand la réparation ?’’ s’est-il interrogé.

’’Boni Yayi est fasciné par la révolution’’
Les Béninois auraient-ils fait un saut dans le passé avec l’élection du Dr Boni Yayi ? Le professeur Roger Gbégnonvi le croit. Relevant la fascination qu’a l’apôtre du changement de faire fredonner l’hymne national avant et après les séances de travail, la réhabilitation de la mémoire des anciens barons de la révolution que sont Abdoulaye Issa et Adjo Bocco Ignace et le service militaire d’intérêt national, il dit ne pas être étonné qu’il n’ait pas de scrupule à composer aujourd’hui avec des anciens barons de cette époque, notamment le ministre Martin Dohou Azonhiho. Mais le professeur Gbégnonvi note que s’il était encore au gouvernement, qu’il aurait démissionné avec l’arrivée dans la mouvance de Rachidi Gbadamassi. ’’Je ne me vois pas être dans la même barque que lui. Au delà du tableau sombre qu’il a peint du changement, Roger Gbégnonvi se dit tout au moins fier d’être Béninois. ’’Le Bénin est un beau pays. Ecrire au président de la République est un exercice banal. La démocratie est en marche’’ conclut-il.
Angelo DOSSOUMOU
Journal FRATERNITE 10/08/09
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Publié dans Politique nationale

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