Qui dirige le Bénin ?
La presse peut se tromper de bonne foi. Mais, il y a le flair du vraisemblable qui fait que le journaliste d’investigation trace des sillons qui conduisent vers le sens des choses.En milieu de semaine, un remous peu habituel chez nos experts en langue de bois nous a conduit vers les » préparatifs » d’une éventuelle nomination de Monsieur Idohou … au poste d’Ambassadeur à New York. En principe, l’évènement n’en est pas un si ce n’est qu’il nous montre que le Bénin se dirige autrement. Boni Yayi au prix de la réélection sort la grande artillerie. Sa proximité avec les chinois l’aurait conduit à découvrir Sun Tzu, le plus grand stratège de l’empire chinois. .
Madame Chantal de Souza Idohou, l’ex chargée de mission, étale sa toute puissance en plein territoire » yayiste « . Elle tient à atteindre son objectif. Yayi en retour, obtiendra soit le soutien de Kérékou, soit sa » Kaméléonerie » du zig-zag pour ne pas dire sa neutralité.
Proposons-nous d’élever le débat à une certaine hauteur pour ne pas tomber dans le jeu des ex- de Kérékou qui ont bien de raisons évidentes d’en découdre avec la collaboratrice la plus rapprochée du Génral Kérékou au soir de son mandat.
Tout se passe comme si, dans l’opinion, une démarche amorcée par une ex- chargée de mission de Kérékou avait valeur de décret. Et pourtant, en démocratie, en particulier au Bénin, depuis que notre pays est République, c’est le Président de la République qui nomme les Ambassadeurs en fonction de sa stratégie globale de l’action diplomatique. Même si dans la sous-région, nous avons la diplomatie la plus moribonde depuis 1960, on croit quand même qu’être Ambassadeur en Amérique peut générer des dollars pour le pays!
Le régime du Changement a voulu mettre en cause le fonctionnement basique de l’Etat en se liant à ce qu’on appelle » l’opinion publique artificielle ». La tentation pour l’exécutif de se soumettre à la dictature de l’opinion est manifeste. Le Président de la République semble se laisser prendre au piège de l’otage de l’opinion artificielle.
L’Exécutif, au fur et à mesure que s’approche 2011 perd ses domaines d’intervention.
La réduction du pouvoir du Président de la République l’amène à partager de plus en plus ses ultimes domaines d’intervention. Le président a perdu une grande partie de son ancien domaine réservé, en raison de la menace que constituent les anciens présidents qui continuent d’avoir une certaine respectabilité morale sur les nouveaux leaders d’opinion. Ceux-ci sont en position confortable pour faire les grands choix de demain. La conséquence en est que Boni Yayi a définitivement perdu sa liberté diplomatique. Il est coincé entre l’impératif de faire plaisir et celui d’avoir les ressources de sa politique.
Il ne faut donc pas que l’opinion publique naturelle laisse le Président de la République céder une part inestimable de ses compétences nationales décisionnelles au profit d’officines de touristes en mal d’avion. Et si l’on ne veut pas que s’opère ainsi un coup à la superstructure des affaires étrangères, il faut rappeler sans cesse que, dans notre grande et belle démocratie, sur tous les sujets majeurs, les techniciens proposent, le conseil des ministres décide, le gouvernement exécute.
Journal LA PRESSE DU JOUR 18/09/09
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