La fête peut-elle faire émerger ?

Publié le par MJPAC-ABT

Hier, les Béninois ne sont pas allés au boulot. Le gouvernement de leur pays a déclaré  » fériée  » la journée du lundi 21 Septembre 2009. Pourquoi l’Exécutif béninois a-t-il choisi d’ordonner aux travailleurs de rester chez eux pour savourer les plaisirs secondaires de la fête du Ramadan ?
Les explications plausibles sont de trois  ordres. D’abord, il s’agit de donner du repos supplémentaire  à la communauté musulmane  béninoise afin qu’elle récupère de l’énergie pour entamer  la semaine avec beaucoup de tonus, d’énergie et d’entrain. Ensuite, il s’agit d’un élan altruiste non moins politiquement bienveillant de l’exécutif toujours en quête du rapprochement avec les électeurs potentiels. Enfin, en terme d’équilibre entre les nombreuses fêtes religieuses du pays, la décision peut s’inscrire dans une certaine justice religieuse.
En choisissant  de faire reposer les travailleurs en début de semaine, le gouvernement a posé un acte de grande portée. Il s’est inscrit comme les gouvernements qui l’ont précédé dans la logique et la culture de  »l’homofestivus » béninois. Au plan politique la décision est saluée. Elle comporte hélas assez d’infirmités qui handicapent l’élan de l’émergence. Et c’est à ce stade de compréhension que le slogan  » ça va changer  » devrait avoir tout son sens. Peut-il avoir, émergence sans que ne soit réhabilité le travail en ses caractéristiques salvatrices ?
Dans le cadre des études perspectives Bénin 2025, des experts ont recueilli l’aspiration profonde de notre peuple. Un scénario  Alafia s’est dégagé.  Chacun s’est fait l’idée que le rêve de 2025 n’est possible que si nous nous mettions au travail. Comment se mettre au travail lorsque la fête remplace le travail ? Combien de temps devrait durer le travail ? Quels résultas peut-on escompter avec des demandes de  permissions qui foisonnent sur  les tables des responsables en charge des ressources humaines ? Résolument, les Béninois et leur gouvernement ont créé les conditions de non développement. Et cela a bien l’air d’une fatalité car aucune éducation des enfants de moins de six (06) n’est inscrite dans cette vision de faire du Bénin le futur le Dragon de l’Afrique de l’Ouest. Les psychologues de renom du monde entier s’accordent pour dire que tout se joue avant six ans. Autrement dit, si rien n’est plus possible au niveau des  » bois secs  » que nous sommes, il faudrait investir dans le futur pour espérer un Bénin émergent pour le siècle à venir.
Nulle part, la fête n’a contribué à l’émergence.  Au contraire c’est la travail méthodique, persévérant qui donne de la visibilité aux nations. L’île Maurice l’a si  bien compris que le gouvernement mauricien expérimente actuellement l’extension du travail au week-end. Le mal béninois est que la culture du minimum est ancrée dans les esprits.
A l’horizon 2011, il importe qu’une conférence nationale souveraine sur la durée du temps de travail  se tienne. Un tel forum pourrait regrouper  les responsables des centrales syndicales, les leaders de la société civile, les parlementaires, les responsables  des partis politiques, les experts en sciences du travail…La finalité de la rencontre est d’obtenir un consensus  sur le  temps de travail. Ainsi, par exemple, du lundi au samedi, on travaillera 10heures par jour. Seul le dimanche sera réservé au culte. Ce qui suppose que le temps de travail hebdomadaire devra passer de 40heures à 60 heures. C’est le consensus auquel nous devons aboutir. C’est un sacrifice national pour atteindre un objectif de développement certain. Oui, nous le pouvons si ensemble, nous choisissons la voie de l’émergence réelle. A s’y méprendre et se complaire dans les fêtes, les jours fériés, les permissions pour les enterrements, le refus de traiter en un laps de temps les dossiers, c’est choisir avec succès la voie du sous-développement.

Herbert Houngibo
Journal LA PRESSE DU JOUR  22/09/09
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Publié dans Politique nationale

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