Interview du président du Groupe de réflexions et d’actions: « Les responsables d’entreprise sont obligés d’être Fcbe… » dixit Théophile Ahouanmènou
Le président du Groupe de réflexions et d’actions (Gra), Théophile Ahouanmènou, a rompu le silence à travers cette interview en attendant la grande sortie politique de son mouvement dans les jours à venir. Il s’est prononcé sur quelques questions d’actualité politique nationale. Sur toute la ligne, il a dénoncé les dérives du régime du Changement.Vous êtes le président du Groupe de réflexions et d’actions (Gra) créé à la veille de l’élection présidentielle de 2006. Depuis plus de trois ans, on n’entend plus parler de vous. Qu’en est-il vraiment ?
Le groupe de réflexion et d’actions (Gra) est un mouvement constitué de cadres du Prd. Il existait en fait depuis plusieurs années. Il a été beaucoup vu sur le terrain, lors des élections de 2006. Le Gra existe toujours et fonctionne comme d’habitude. Il est chargé d’élaborer un certain nombre d’idées et de stratégies qu’il soumet en fait au parti qui les adopte et les intègre dans ses statuts. Depuis les élections de 2006, le Gra a beaucoup travaillé. Vous verrez d’ailleurs qu’il y aura une grosse activité dans quelques jours qui donnera le top de ce que nous ferons jusqu’aux élections de 2011.
Lorsque le Gra tire sa source dans le Prd, est-ce qu’il n’y aura pas une certaine confusion sur le terrain ?
Le Gra est un mouvement qui a une autonomie d’actions et de pensées. On ne reçoit pas d’ordres en tant que tel au niveau du parti. Nos réflexions portent sur la vie du Prd et celle du Bénin. Cela permet au parti de tirer des conclusions qu’il adopte.
A vous entendre parler, le Gra apporte son appui au Prd qui est aujourd’hui dans une grande coalition, c’est-à-dire le G4 et Force-clé. Comment voyez-vous cette aventure ?
Je vais d’abord dire si l’on fait un retour en 2006, il y avait ce que l’on avait appelé Wloguèdè qui est un groupe de partis ayant soutenu le président Boni Yayi pour le faire élire. Cela veut dire en fait qu’aucun parti aussi fort soit-il ne peut prétendre gagner seul une élection présidentielle au Bénin. On n’avait pas pu avoir ce groupe derrière nous en 2006. Aujourd’hui par la force des choses et par la convergence de la vision de chacun de ces partis du développement du pays, les circonstances ont fait que ces grandes formations politiques se sont retrouvées pour se mettre ensemble pour l’avenir. C’est déjà une très bonne chose. Ainsi, il n’y aura plus un parti qui gouverne contre un autre. Pour les membres du G4 et Force-clé, c’est une gouvernance globale où chacun prendra part. C’est à saluer, malgré tout ce qui se dit contre l’initiative. Je pense que certains ne comprennent pas ce qui se trame.
Une fois cette alliance constituée, le pouvoir en place tente par tous les moyens de lui mettre les bâtons de ses roues. Quelles analyses en faites-vous ?
C’est de bonne guerre. Le pouvoir voit déjà la force du G4 et Force-clé. L’alliance ne va pas s’arrêter là. Ce n’est qu’un contrat qui unit un certain nombre de partis d’abord. D’autres formations politiques viendront s’y ajouter. Il est tout à fait normal que le gouvernement du président Boni Yayi prenne peur de ce qui peut arriver le détrôner. On ne peut pas lui refuser de faire des manœuvres pour déstabiliser le groupe. Mais, ce qu’il ne sait pas est qu’il a à faire à une coalition assez solide. Le peuple béninois se rendra compte que c’est un groupe décidé à aller de l’avant et à gagner les élections de 2011.
L’opposition soutient que le régime du Changement a capoté dans tous les domaines. Etes-vous de son avis ?
En effet, les Béninois n’ont plus besoin de porter des lunettes pour se rendre compte du désastre dans lequel leur pays est plongé aujourd’hui. Au plan politique, il s’établit un accaparement des institutions de la République, de l’administration par une certaine majorité présidentielle. Les nominations aux postes de responsabilité se font compte tenu de votre appartenance politique. L’impartialité de l’Etat n’est plus respectée. Au plan économique, même si la crise est mondiale, elle frappe beaucoup plus notre pays et les autorités politiques nagent dans le cafouillage. Qu’on se souvienne qu’au moment de la crise alimentaire, l’Etat a pris l’argent des pauvres qu’il a donné aux riches.
Comment ?
C’est l’affaire de la société Difezi. L’Etat avait donné l’argent aux importateurs du riz pour maintenir les prix pratiqués antérieurement sur nos marchés. Nous avions constaté que, malgré cela, le prix du riz n’avait pas baissé sur nos marchés, alors que tout le monde sait que la meilleure façon était d’intervenir sur la Tva pour que le prix du riz baisse réellement sur le marché. C’était une erreur économique. Il a fallu que le Sénégal montre la voie pour que notre Etat se rende compte de ce qu’il fallait agir sur la Tva. Toujours au plan économique, pour gagner les appels d’offres, les responsables d’entreprise sont obligés de faire partir de l’Etat-Fcbe. On se rend compte que ce sont toujours les mêmes sociétés qui gagnent les marchés publics. Or, on n’a pas besoin de savoir notre origine politique dans le domaine. Dans ce même secteur, si les équilibres macro-économiques sont nécessaires et indispensables, il n’en demeure pas moins vrai que les gouvernants doivent avoir un regard vigilant sur le panier de la ménagère. L’équilibre entre la macro-économie et la vie réelle des populations est souvent très difficile à réaliser. La preuve est qu’on nous parle aujourd’hui d’équilibre macro-économique, alors que le contenu du panier de la ménagère ne cesse de diminuer. Il y a quelques jours, on a vendu quatre unités de piment à 100f, une botte de salade à 100f. Le prix du maïs n’est pas fixe. Bref, les Béninois vivent très mal aujourd’hui. Au plan social, il y a la recrudescence des grèves des agents permanents de l’Etat pour réclamer telles ou telles primes ou le rehaussement de leurs salaires. Ceci entraîne les conflits entre les syndicats et le gouvernement en place. Concernant les libertés publiques, on constate qu’on est libre quand on est Fcbe. Des arrestations intempestives sans fondement, la justice très lente (des délais pour juger les présumés innocents sont longs), puisque des citoyens incarcérés ne savent pas quand ils seront jugés.
Vous parliez du panier de la ménagère. Mais, n’y-a-t-il pas l’octroi des micro-crédits aux femmes ?
Il faut saluer l’existence des micro-crédits, car tout le monde connaît les conditions contraignantes pour bénéficier un crédit à la banque. Cette politique a permis aux couches déshéritées d’avoir accès aux crédits. Mais, franchement que peut-on faire avec 30000f ? Les femmes qui les prennent, doivent payer 35000 en moins de sept mois. Le taux de ce micro-crédit qui tourne autour de 28% dépasse de très loin le taux bancaire. Or, vous voulez aider des personnes en situation difficile et vous leur faites payer plus cher. Est-ce du développement ou de l’enlisement ? Je ne veux parler de la manière dont ces micro-crédit s’octroient aux gens. Bref, il faut éviter de faire prendre aux micro-crédits une couleur politique.
Face à la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays aujourd’hui, que faire pour sauver la face ?
Il faut opérer un vrai changement, un changement réel. Il faut réadapter la politique aux vraies réalités des Béninois et gérer de façon efficiente l’économie pour permettre une meilleure redistribution de la richesse nationale. La fonction publique ne crée pas la richesse. Ainsi, il faut prendre des mesures idoines et révolutionnaires pour permettre la création et le développement des sociétés privées. L’Etat peut déterminer des secteurs prioritaires et aider le privé à se développer. Pourquoi ne pas penser à une prime réelle d’excitation à la création d’entreprise ? Pourquoi ne pas susciter des groupes de sociétés pour en faire des forces ?
Quel appel lancez-vous aux membres du Gra et au peuple béninois ?
Le Gra est resté mobilisé. Mais, c’est surtout le peuple béninois qu’il faut inviter au courage, à la patience et au discernement. C’est lui seul qui décide. Et, on espère qu’il saura, au moment opportun, faire la part des choses. Au moment du bilan qui approche d’ailleurs, il saura dire si les promesses qu’il a eues ont été tenues. On lui a promis le Changement, il saura dire s’il a connu un Changement de plus. On lui a promis le développement, chaque foyer de la société saura s’il a eu 1000f d’augmentation sur son revenu.
Propos recueillis par Isabelle Ahounou
Journal 24 HEURES AU BENIN 06/10/09
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