Tension sociopolitique et économique au Bénin: L’histoire veut se répéter (Yayi comme Kérékou entre 1989 et 1991)
Vingt ans après la crise sociopolitique de 1989 qui a conduit à la Conférence nationale de février 1990 et à l’alternance politique en 1991, l’histoire semble rattraper la République du Bénin. Crise politique, paralysie de l’administration pour cause de grèves incessantes, baisse des recettes de l’Etat etc. Autant d’indices qui pourraient sonner le glas du départ du Dr Boni Yayi du Palais de la Marina comme ce fut le cas en 1991 pour le général Mathieu Kérékou.Une chose est de scruter le firmament, une autre est de lire les signes des temps. Aujourd’hui, les signes des temps sont mauvais pour le Chef de l’Etat, le Dr Thomas Boni Yayi au plan économique, politique et social. Il est inutile d’épiloguer à nouveau sur la crise politique actuelle que traverse le Bénin. Une crise qui s’enlise au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’élection présidentielle de 2011. Les grands blocs politiques devant participer au scrutin étant formés, l’alliance Union fait la nation, part gagnante théoriquement avec un poids électoral de 65% devant l’Umpp et ses alliés. Plus les jours passent, plus des circonstances atténuantes et diverses maladresses politiques des thuriféraires du régime renforcent la cote de popularité d’une opposition plus expérimentée, plus organisée et plus forte numériquement.
Décryptage
La cherté de la vie, l’amenuisement du panier de la ménagère, l’inflation, la mal gouvernance et surtout les conséquences de la réduction de l’aide publique au développement ne peuvent qu’exacerber le climat social en 2009. Bon nombre d’observateurs sociaux affirment sans ambages que cette tension sociale n’est qu’à ses débuts à cause de l’improvisation du gouvernement dans la gestion des affaires publiques, le populisme, les graves menaces sur l’unité nationale et les droits démocratiques. Tout porte à croire que vingt ans après la crise sociopolitique de 1989, le Bénin est en passe de revivre la même histoire. Au plan économique, toutes les institutions financières mondiales (Fmi et la Banque mondiale) sont unanimes pour reconnaître que la crise mondiale affectera dangereusement l’économie des pays pauvres tel que le Bénin. Le patron du Fonds monétaire international (Fmi) Dominique Strauss-Kahn a déclaré en début de décembre 2008 lors d’une conférence de presse au Costa Rica que la crise financière est "mondialisée", et qu’aucun pays n’échappera à ses effets qui seront pires en 2009. « 2008 fut une année difficile pour l’économie mondiale, mais en aucun cas nous ne pouvons espérer que 2009 soit meilleure », avait-il déclaré.
Aujourd’hui, les effets de cette crise financière se font déjà sentir sur l’économie du Bénin à travers la baisse drastique des importations et par conséquent des recettes douanières. Dans ces conditions, comment le gouvernement de Boni Yayi peut-il atteindre ses objectifs avec un budget prévisionnel de plus de 1000 milliards de francs Cfa contre des recettes qui n’avoisinent pas sept cent milliards de nos franc ? Comment Boni Yayi et son gouvernement peuvent-ils satisfaire les propositions démagogiques faites aux populations ? Ce sont autant de préoccupations qui vont mettre davantage à nu les insuffisances du régime du Changement. Il suffit de faire un tour dans les ménages pour constater que les Cauris ont perdu leur crédibilité auprès des citoyens béninois. Les nombreux matraquages médiatiques qu’ils subissent sur les actions du gouvernement ont fini par les agacer. L’enthousiasme que suscitaient les sorties publiques du Chef de l’Etat au début du quinquennat a fini par laisser place à l’indifférence, au dégoût et certainement à la censure. Boni Yayi n’a plus la confiance de sa population qui a compris que son bonheur ne pourra plus venir de l’homme d’avril 2006.
Les superstitions qui confirment la fin du système.
La dernière marche de protestation de l’Alliance Union fait la nation est l’expression de la colère des populations contre le régime du Changement. En 1989, des marches similaires avaient été organisées contre le Général Mathieu Kérékou dans les mêmes conditions. C’est au cours de cette même année que les travaux préparatoires de l’historique Conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990 ont démarré. Sous l’effet du hasard, le Dr Thomas Boni Yayi a projeté organiser (même si la question n’est plus d’actualité) au cours de l’année 2009, soit vingt années plus tard un dialogue national qui n’est rien d’autres qu’une conférence nationale bis. Est-ce à dire que dans deux ans, l’alternance politique aura lieu ? Par quel hasard peut-on expliquer qu’en 2011 se tiendront les élections présidentielles dans les mêmes conditions que celles de 1991 ? Vingt années plus tard, les conditions semblent réunies pour que l’histoire se répète.
Judicaël ZOHOUN
Journal 24 HEURES AU BENIN 09/06/09
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