Aléjo Gbadjaaa’a : Issa Démolé Moko :« Mon départ du gouvernement n’est pas lié au découpage »
Malgré qu’il n’était pas d’accord avec les régimes de Kérékou I, II et III, Issa Démolé Moko n’avait pas manqué de promotion. Pour le reste, il a soutenu les différents gouvernements à savoir ceux de Nicéphore Soglo et Yayi Boni. De la période révolutionnaire à l’avènement du Changement, il a servi la Nation béninoise à d’importants postes de responsabilité.Directeur de sociétés d’Etat sous la révolution, devenu un pion important et un soutien indéfectible pour le Président Nicéphore Soglo qu’il a servi successivement en tant que secrétaire général adjoint du gouvernement, puis plusieurs fois préfets, l’homme au parcours atypique, cadre de bonne renommée dont l’administration béninoise est avare a bouclé une bonne carrière professionnelle de la plus belle des manières. Il a fini ministre dans le gouvernement de Yayi Boni avant d’aller faire valoir ses droits à la retraite. Ce spécialiste des questions de la décentralisation très sollicité mène sa vie de consultant qu’il trouve plus épanouie depuis qu’il a quitté le gouvernement. Dans cet entretien où il raconte une carrière professionnelle accomplie avec brio, il revient sur son départ du gouvernement et affirme que contrairement à ce que pense l’opinion publique, cela n’est aucunement lié au découpage territorial. Par ailleurs, à travers les deux témoignages réalisés sur l’homme, on en sait davantage sur ce que ses anciens collaborateurs et ses supérieures pensaient de lui. C’est dans Aléjo gbadjaaa’a.
Matinal : Monsieur le Ministre, vous n’êtes plus à présenter, mais on veut vous connaître davantage à travers cette rubrique. Issa Démolé Moko : D’abord le dirai que j’ai fait mes études primaires à Kandi, de 1957 à 1964 bien que mes parents soient de la religion musulmane, j’ai fréquenté l’école catholique. Ensuite, j’ai fait mes études secondaires au collège Notre Dame de Lourdes, communément appelé Breguin à Porto-Novo, de 1464 à 1971. Après l’obtention du Baccalauréat, j’ai fait l’Université du Dahomey de 1971 à 1975. Ensuite, j’ai fait mon service civique et militaire de 1975 à 1976. Après ce service patriotique, j’ai fait ma formation professionnelle au Centre de formation administrative et professionnel le (Cefap), financé par la coopération Canadienne. J’ai eu le privilège de faire partie de la première promotion de cet établissement. Nous avons fini nos études en 1977, et l’année suivante, j’ai été mis à la disposition du Ministère du Plan où j’ai commencé véritablement ma carrière professionnelle, à partir de mars 1978. J’ai ensuite occupé plusieurs fonctions administratives et politiques avant de devenir ministre.
Un enfant de musulman dans une école catholique. Dites-en un peu
C’est le choix de père, qui avait séjourné, longtemps au Ghana, et parlait bien le « brocking ». Il avait donc un peu plus d’ouverture par rapport aux autres parents de Kandi qui refusaient d’envoyer leurs enfants dans une école catholique de peur de les voir un jour, reconvertis au catholicisme. J’ai donc bénéficié de cette exception. Mais cela ne s’est pas passé sans incident. Comme problème, nous avons informé un jour, notre oncle sur le fait que les lundis, tous les élèves y compris nous les musulmans, subissaient des châtiments corporel parce qu’ils ont été absents à la messe du dimanche. Ce dernier a donc fini par faire, irruption, un jour à l’école pour menacer notre maître. L’affaire a été portée devant le prêtre qui était le directeur de l’école. Après plusieurs séances d’explications, ce traitement a pris fin à notre grande satisfaction. Il faut surtout noter que les bons résultats de cette école aux différents examens expliquent en grande partie, le choix fait par mon père.De plus, les élèves admis aux examens d’entrée eu 6ème étaient orientés vers les collèges catholiques, et bénéficiaient de bourses d’études. Tel fut mon cas, au cours secondaire Notre Dame de Lourdes, où nous avons droits aux fournitures et aux manuels scolaires, en payant la contre-partie avec nos bourses. Cette bourse, j’arrivais à la partager avec mes jeunes frères à qui j’achetais des cahiers ou confectionnais, les uniformes Kaki. Pour ce qui en est de mes sœurs, il a fallu que je sois en classe de seconde avant de réussir à convaincre de les envoyer à l’école. Il a fini par accepter, et les autres parents l’ont suivi, ce qui a permis à certaines grandes sœurs de devenir, dans un premier temps des institutrices, puis de grands cadres par la suite.
Aviez-vous orienté vos enfants vers ces écoles ?
Non ! Certains ont commencé la maternelle dans des écoles catholiques à Cotonou, mais par la suite, ils ont poursuivi les études dans les écoles publiques, parce que j’ai été plusieurs fois muté dans les départements du Mono et du Zou en qualité de préfet. Il y a quand même un, qui a fait une partie de ses études au collège Steinmetz d’Abomey avant de continuer dans des collèges privés d’avec notre retour à Cotonou en 1996.
Parlons de votre premier poste de responsabilité, juste après vos études
J’ai d’abord travaillé dans l’administration publique, pendant au moins un an et demi avant d’être nommé en mai 1979, secrétaire général de la province du Mono. Il faut le dire cette nomination a été une surprise pour moi, car je n’ai pas été, préalablement consulté, parce que nous étions en plein régime révolutionnaire. J’étais donc très jeune sans une très grande expérience professionnelle. Mais j’ai réussir à me faire des amis en développant le travail en équipe. Nanti d’un diplôme universitaire d’administrateur, nous avions au moins des capacités de conception. Ainsi, j’ai eu le mérite d’avoir travaillé avec Sani Mama Gomina, Bernard Sindjaloum et Martin Dohou Azonhiho, comme préfet. Au total, j’ai fait un peu plus de cinq ans à ce poste. Par la suite, j’ai demandé à être muté ailleurs. Le préfet Azonhiho n’avait pas partagé cet avis, et a voulu s’opposer. Mais après des explications, il a compris les motifs de mon choix. Etant en début de carrière, j’étais fatigué de faire toujours la même chose pendant toutes ces années. Bien qu’il appréciait bien mon travail, il a fini par accepter ma décision de quitter le poste de secrétaire général de province. Après, j’ai été nommé en 1987, directeur général adjoint de l’Opt, avec comme directeur général l’actuel ministre des Nouvelles technologies de l’information et de la communication, Adadja. Auparavant j’ai été nommé Dg de l’Office béninoise de cinéma (Obéci) en 1984. Sous la houlette du ministre Ali Houdou, nous avons fait la promotion du cinéma itinérant et la gestion des salles de cinéma implantées, dans les villes de Porto-Novo, Cotonou Parakou, Djougou et Natitingou et d’autre localités. Cette expérience a permis de développer quelque peu, la production du cinéma béninois. C’était un projet très coûteux, mais non rentable. Ce qui a eu des répercussions sur la situation financière de l’Office qui avait accumulé environ 400 millions d’arriérées d’impôts à l’Etat, à mon arrivée. Donc, si on était pas un office d’Etat, on ne pouvait pas nous en sortir. C’est en cela qu’avec l’accord de mon ministre Ali Houdou, j’ai pu convaincre, le gouvernement d’intéresser des privés dans l’exploitation des salles de cinéma. Car, cette activité était sous le monopole de l’Etat. Ainsi des privés ont été autorisés à construire, les salles de cinéma. On a eu Iré Akari à Porto-Novo, Okpè Oluwa à Cotonou, et autres
Qu’est-ce qui a favorisé de tout temps cette ascension professionnelle puisque vous aviez souvent servi à des postes de responsabilité sous les différents régimes ?
Je vous ai dit que j’ai eu un parcours un peu atypique. Depuis mai 1969, j’ai occupé des postes jusqu’à la fin de ma carrière où j’ai fini en beauté en tant que ministre chargé de la décentralisation. C’est une situation un peu exceptionnelle pace qu’en règle générale, quand vous vous impliquez politiquement dans un régime et que ça change, on vous gare quelque part. Moi, ça n’a pas été mon cas. Au temps de Kérékou 1, je m’étais opposé politiquement au régime. Mais le régime révolutionnaire a décidé de mener une politique nationaliste forte donc on avait besoin des cadres nationaux. Et comme je vous l’ai dit, nous, on n’a pas passé de test pour être pris à la fonction publique. On nous a recrutés et on nous a responsabilisés. Sous Kérékou 1, j’ai occupé des postes techniques : secrétaire général de la province, après en 1984, c’est devenu Cap. C’est la même fonction mais avec le chapeau politique. De là, je suis allé à l’Obc puis à l’Opt qui sont des offices techniques. Mais, j’ai été sollicité pour lutter au sein du Prpb. J’ai refusé parce que je faisais partie d’un groupe politique qui estimait que la révolution tel qu’elle est menée n’en était pas une en tant que telle.
De quel groupe politique ?
J’ai milité au sein du Fond d’action commun des élèves et étudiants du nord (Faceen) que dirigeait feu Aboulaye Issa avec brio. Et j’étais étudiant quand on a fait le débat au sein du Faceen, de l’entrée ou non au sein du gouvernement. Les aînés comme feu Aboulaye Issa, Malam Idi, étaient pour. Mais nous, je peux vous citer, Tigré Allassane, Moussa Touré, Issa Orou, n’étions pas pour l’entrée au gouvernement parce qu’on s’est dit que le Gmr avait tendance à collaborer avec les cadres de gauche. Mais on estimait que les conditions n’étaient pas remplies pour s’impliquer politiquement dans une telle rechute. Donc sinon, moi j’étais en troisième année d’université en 1974. Je devais être proposé pour être Cd, je ne sais plus où. J’ai dit niet. Vous avez fini vos études, nous aussi on va finir les nôtres. Mais on a gardé les contacts avec les doyens, Aboulaye Issa qui était préfet dans l’Atakora. Chaque fois qu’il venait à Cotonou, on discutait politique. Si je prends Ali Houdou qui était avec nous au départ, il a fini par les rejoindre. Bref, au niveau du Faceen, il y avait certains groupes. Je peux vous dire qu’on m’a nommé sans prendre mon avis. C’est eux qui m’ont fait nommer secrétaire général. Et même en ce moment, au sein de mon groupe, on avait fait un débat pour voir s’il fallait rejoindre ou pas. Finalement on a dit non. C’est un poste technique. Donc, c’est comme ça que je suis allé en 1979. Vers la fin de l’année, il y a eu une conférence des cadres à la coupole du ministère des affaires étrangères où on nous a réunis. Nous les cadres qui n’avions pas choisi de nous impliquer politiquement, on a dit ou vous faites l’option politique et vous conservez vos postes, ou vous ne faites pas et vous perdez. Je fais partie du groupe des cadres qui ont dit, on est prêt à partir. Comme on était très nombreux, le gouvernement a refusé. Et on a conservé nos postes. Par la suite, en 1975, ils ont créé le Prpb. Des gens ont voulu que j’intègre le Prpb, mais j’ai refusé. Le général Martin Dohou Azonhiho qui était mon préfet de 1982 à 1984, tenait à ce que j’intègre le Prpb. J’ai dit non. Vous pouvez compter sur moi, sur le plan technique et professionnel, mais pas sur le plan politique. On s’est expliqué et il a compris. Mais il ne m’a pas sauté de mon poste pour autant.
Après la conférence nationale, vous avez eu à créer votre parti avec l’ex ministre du développement rural Mama Adamou N’diagne. Quels en étaient les mobiles ?
On a crée ce parti pour soutenir le président Soglo. Donc, il a responsabilisé notre chef de parti dans son premier gouvernement pendant la transition et il l’a confirmé pendant les cinq ans. Nous nous sommes impliqués politiquement dans la gestion du président Soglo et nous sommes comptables de cette gestion dans ce qu’il a de positive et de négative. On l’assume. En 1996 malheureusement, on a perdu les élections, ce que je regrette fortement. J’étais préfet dans le temps, puis après l’échec, il y a des gens de kérékou 2 qui m’ont vu pour me dire vous êtes un bon préfet. On va vous maintenir à votre poste. J’ai dit non, j’ai soutenu le président Soglo, il a été battu. Il faut que je quitte mon poste.
Vous êtes l’un des artisans de l’avènement de la décentralisation au Bénin. 5 ans après quel bilan peut-on dresser, surtout au niveau du transfert des compétences ?
En 2003, un de vos confrères m’a posé la question. et une question juridique, j’ai dit mon interprétation. Le ministre m’a compris en son temps mais le gouvernement en a décidé autrement. Il y a un principe que j’explique à ceux qui me posent la question. C’est l’Etat qui décentralise. Les communes ne se créent pas d’elles-mêmes. C’est l’Etat qui crée les communes et c’est lui qui décide de ce qu’il va transférer aux communes. L’Etat peut dire aujourd’hui qu’il va gérer le marché Dantokpa. Demain, il peut prendre une autre loi pour vous enlever le marché. C’est-à-dire que l’Etat peut étendre le champ de compétence ou il peut le restreindre. C’est une question cardinale qu’il faut retenir. Dans le cas de Dantokpa, les autorités municipales de Cotonou ont attaqué la décision de l’ancien gouvernement du président Kérékou devant la chambre administrative de la cour suprême. Le dossier a été étudié jusqu’à l’avènement du président Yayi Boni et les autorités ont retiré leurs requêtes parce qu’ils ont soutenu le candidat Yayi Boni au 2è tour. Ils disent maintenant qu’ils sont de la mouvance. Pour moi, ils ont privilégié la solution politique à la solution judiciaire. Alors qu’il fallait laisser la cour trancher. Quand les communes et l’Etat ne s’entendent pas sur l’interprétation d’un texte de loi, c’est la chambre administrative qui tranche.
Alors qu’aviez-vous à dire à l’endroit de l’équipe municipale de Cotonou
Si j’ai un conseil à donner au président Nicéphore Soglo, maire de la ville, c’est de trouver avec l’Etat un terrain d’entente puisque maintenant on veut que la ville de Cotonou soit actionnaire. Le président Soglo a beaucoup de relations. Il peut mobiliser beaucoup d’aides. Il faut que ce soit fait dans le cadre de la création de cette société mixte, puisque c’est l’option de l’Etat.
Au moment où vous étiez ministre chargé de la décentralisation, qu’aviez-vous fait concrètement dans ce dossier ?
Dans ce dossier, j’ai en tant que membre du gouvernement, défendu la politique de ce dernier. Donc, on a notifié au maire de Cotonou la décision du gouvernement. J’ai commandé un audit. J’ai rédigé les termes de référence d’un audit parce que, pour créer une nouvelle société, il faut auditer la situation de la Sogema. Et l’auditeur devait justement compte tenu des constats, proposer des conditions de création de la nouvelle société. Il doit prendre la tâche avec les autorités de la ville, la chambre de commerce et d’industrie, les privés, les commerçants de Dantokpa pour proposer une nouvelle forme de partenariat gagnant- gagnant avec le secteur privé comme le dit si bien le président Yayi Boni.
Apparemment vous aviez de bonnes choses en tête mais vous n’êtes resté que pendant 16 mois à la tête de ce département. Pensez-vous que c’était suffisant ?
Non c’est largement insuffisant. Mais j’aurais fait également 2 ou 3 ans que ce serait aussi insuffisant. Mais on pourrait essayer d’asseoir les bases parce que l’administration c’est une continuité. Donc, la décentralisation c’est un travail de longue haleine. Les bons résultats c’est dans la durée. Là, je dois dire que j’ai été perturbé par les élections communes et locales puisque les contentieux ont pris une ampleur telle j’ai dû gérer ça pendant longtemps. Mais comme je vous l’ai dit la décentralisation c’est mon domaine de prédilection. Et ce que beaucoup ne savent pas, j’étais ministre mais j’étais admis à la retraite depuis le 1er avril 2008. Donc ayant quitté le gouvernement, j’étais en même temps retraité. Je me suis engagé comme consultant indépendant en matière de décentralisation et de déconcentration. En cette qualité, je vais continuer à apporter ma modeste contribution.
Mais cette contribution au niveau du gouvernement a été compromise, car le chef de l’Etat vous a vite fait remplacer
Non vous savez, le poste ministériel est un poste politique. C’est une question de gouvernance et le chef de l’Etat a un pouvoir discrétionnaire de nommer n’importe qui au poste qu’il veut. Mais comme je vous l’ai dit, il demande des résultats sectoriels et c’est à mon remplaçant de tout faire pour l’atteindre. Moi je ne dis pas qu’après moi, c’est le déluge. Sinon quand est-ce qu’on va développer le pays. Quand je remplace un cadre, j’essaie de voir ce qu’il a fait de bien. Ça doit être pareil pour les autres. Changer pour changer ça n’avance pas un pays. Il doit avoir un certain nombre de règles que l’ensemble de la classe politique doit suivre. S’il y a alternance, il faut ce minimum, c’est ça qui permet de renforcer un certain nombre d’acquis pour le développement du pays.
Pour beaucoup de Béninois vous êtes parti dans de très mauvaises conditions. Il y a eu cette histoire de découpage territorial. Votre départ serait-il parti de là ?
Non, les gens sont passés complètement à côté de la plaque. Ce n’est pas l’affaire de découpage qui m’a fait partir du gouvernement.
Et c’est quoi alors ?
Non, non, non j’ai l’obligation de réserve. En tant que membre du gouvernement mais ce n’est pas cela qui m’a fait partir même si beaucoup lient mon départ à cette affaire. C’est vrai que c’est le dernier sujet que j’ai traité avant de quitter et les gens ont pensé que le chef de l’Etat m’a fait partir à cause de ce dossier.
En êtes-vous sûr monsieur le ministre ?
Bien sûr puisque je vous en parle.
Oui mais parce que dans cette affaire de découpage territorial, vous aviez été désavoué par le chef de l’Etat ?
Non mais écoutez, les gens parlent de découpage du ministre Moko. Mais ce n’est pas mon découpage à moi. C’est la loi qui avait déjà opéré ce découpage depuis 1999. Je dois d’ailleurs le préciser puisque vous m’en donnez l’occasion. Ce découpage est le reflet d’un large consensus national. Déjà aux états généraux en janvier 1993, le gouvernement Soglo a approuvé. A l’Assemblée, cela a été modifié parce que dans le projet gouvernemental, il y avait l’Atlantique qui regroupait Cotonou, Ouidah, Kpomassè, Abomey-Calavi, Soava et le département de la Lama, Allada, Toffo et Tori. Mais c’est à l’Assemblée qu’il y a eu un groupe de pression au niveau des cadres d’Allada et on a dit non il faut séparer Cotonou du reste de l’Atlantique. Cotonou est l’arbre qui cache la forêt. C’est ainsi qu’à l’Assemblée qu’on a créé le département du Littoral. Donc il y a eu un large consensus autour de cette affaire. Moi ce que j’ai fait avec mes collaborateurs, c’est de renseigner les critères légaux et c’est le travail qu’on a fait. Bon ça a suscité un tollé. Il y a eu des manifestations. Evidemment, le chef de l’Etat c’est le père de la Nation. Bon, vous savez dans ces genres de questions, il y a la passion qui l’emporte souvent sur la raison. Si vous êtes chef de département, il y a un minimum d’avantages mais des cadres de certaines de nos localités pensent que c’est à partir des chefs-lieux qu’ils vont développer leurs communes, ils sont dans l’erreur. Au plan national, Bohicon est plus développé qu’Abomey alors que Bohicon n’est pas un chef-lieu. Vous prenez Azové, elle n’est pas un chef-lieu mais elle est plus développée que Aplahoué. Pareil avec Possotomè qui est plus développée que Bopa. On peut multiplier les exemples même au plan international où par exemple aux Etats-Unis, Washington n’est rien à côté de New York. Donc, il faut que les gens comprennent qu’une localité ne peut se développer que sur la base de ses potentialités propres, de ses ressources et la capacité d’initiative de l’équipe municipale qui peut permettre d’élaborer un plan pour la mobilisation des ressources. L’Etat fera ce qu’il doit faire ce qu’une équipe municipale doit faire quand il implante un chef-lieu quelque part. Cotonou n’est pas la capitale du Bénin, pourtant elle est plus développée que Porto-Novo. Donc, je pense que le chef de l’Etat a écouté les gens et il y a eu un découpage très ambitieux, mais mon souhait est que les nouvelles préfectures soient une réalité. Et certaines personnes ressources, confinent le débat au niveau du démarrage des préfectures. Un préfet sans directeurs départementaux, c’est comme un général sans armée. Donc un département sans la préfecture n’est plus un département. Donc quand on veut créer un nouveau département c’est à tout ça qu’il faut penser. Les préfets sans les directeurs départementaux ne peuvent pas faire grand-chose avec ses services préfectoraux. Je sais de quoi je parle. Il y a un immobilisme de notre pays depuis l’indépendance. On cite souvent les cas du Mali, du Burkina-Faso. Non mais ils ont augmenté progressivement le nombre de leurs préfectures. Mais nous on est immobile. Il est tant pour nous de mettre fin à cet immobilisme institutionnel.
On s’attendait à ce qu’on vous nomme Conseiller spécial de votre ancienne attribution.
Je ne sais pas pourquoi vous voulez faire le bonheur des anciens ministres malgré eux. Le chef de l’Etat a nommé un de mes anciens collègues conseiller. Donc moi en tant que ministre, j’étais déjà retraité. De tous les anciens ministres qui ont quitté le gouvernement je suis le seul retraité. Donc j’ai un statut à part. Donc j’ai fini mes trente ans de service à la Nation. Avant d’entrer au gouvernement, on n’exerçait pas le même métier. Pourquoi voulez-vous que quand on quitte le gouvernement, on se retrouve tous conseillers de ci ou de ça encore.
Mais appartenir à un gouvernement, c’est politique donc on pouvait vous appeler ?
J’étais administrateur civil, le Général Hessou c’est un militaire et je peux citer d’autres cas. Il y a des agronomes…Donc, je ne vois pas pourquoi quand on quitte le gouvernement, vous voulez qu’on se retrouve dans la même fonction de conseiller spécial du chef de l’Etat. Moi je vous ai dit que je suis un cadre qui se programme. Quand j’ai opté pour aller à la maison des collectivités locales dès 1998, c’est-à-dire 10 ans avant mon départ à la retraite, j’ai choisi ce poste pour préparer ma retraite. Le travail que j’ai fait à la maison des collectivités locales m’a permis de maîtriser un certain nombre de ficelles du travail de Consultant que je fais aujourd’hui. Donc vous voyez, j’ai fait 30 ans de travail démocratique donc maintenant je veux me gérer. Voilà.
Revenant à l’actualité politique, dites-nous monsieur le ministre si selon vous, la création de l’Union pour la majorité présidentielle plurielle (Umpp) était opportune.
Mais bien sûr que c’est opportun. Le président Yayi Boni a pour ambition que notre pays évolue manse la création d’un grand centre politique un peu comme dansa les pays développés. !car ici on constate encore l’existence de plus de 100 partis qui en réalité ne sont que des clubs électoraux puisque effectivement l’animation de la vie c’est quand il y a des élections. Je pense que il faut que dans notre pays, on ait 2, 3 grands partis politiques et ça passe par ce cheminement d’alliance politique et c’est Fcbe qui a évolué vers Umpp. Evidemment, c’est une grosse machine politique très difficile à gérer. Mais le chef de l’Etat le fait avec beaucoup de brio. Moi je pense que la classe politique dans son ensemble devrait essayer d’évoluer vers de grands ensembles. C’est le cas notamment en France où vous vous avez assez de partis politiques influents. Pourquoi pas deux grands partis come ça qui proposent des projets alternatifs au Bénin ? Donc je pense que l’Umpp c’est une étape qu’il faut remplacer. Bien sûr quand vous avez des alliances come ça il peut y avoir des contradictions internes. Mais je crois que le chef de l’Etat cherche à fédérer tant de partis poétiques, tant de mouvements autour de sa vision, autour de son programme, c’est une bonne chose. J’ai fait 10 ans d’opposition sous le général Kérékou, l’Ubf. Grâce au docteur Yayi Boni, on se retrouve avec certains anciens du Far-Alafia qui s’est éclaté maintenant en deux tendances. Donc c’est le président Yayi Boni qui a permis ça. Sinon sous le général Mathieu Kérékou, on s’affrontait durement mais la candidature de Yayi Boni a permis de fédérer est on a appris à travailler ensemble politiquement. Et je crois que c’est vers ça qu’il faut tendre. Les ambitions personnelles et les querelles de leadership peuvent poser des problèmes mais avec la volonté commune, on pourra évoluer vers de grands ensembles.
Etes-vous toujours membre de l’Uds de Sacca Lafia ?
Mais bien sûr. Je participe aux activités du parti et à celles qui entrent dans le cadre de l’alliance avec l’Umpp maintenant.
Et si on vous appelait à de nouvelles fonctions pour être peut-être conseiller. Que répondrez-vous ?
Non mais je suis retraité mais politiquement actif. Je suis disponible. Donc je vous ai dit que je milite par conviction. Donc, après le président Soglo, l’homme politique que j’ai décidé de soutenir et auprès de qui je m’engage politiquement c’est le président Yayi Boni. Donc je pense qu’on peut servir son pays à n’importe quel poste. Bon, j’ai eu la chance d’être ministre quand j’ai quitté la fonction publique. Je n’aurais peut être pas été ministre que j’aurais continué à militer et parce que c’est une affaire de conviction. Politiquement, je suis encore très actif. Mais c’est au plan que je vis une nouvelle expérience. Et c’est très épanouissant pour moi. Je n’ai plus les contraintes d’aller m’asseoir dans un bureau avec toutes les contraintes que cela comporte. Je suis dans la catégorie de ceux qu’on appelle doyen qui donnons des conseils si besoin en était.
Réalisé par Fidèle Nanga
Journal LE MATINAL 10/06/09
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