EXIGENCE DE PUBLICATION DES AUDITS DU CHANGEMENT PAR LES BAILLEURS DE FONDS Un dilemme pour Boni Yayi
Les audits réalisés par le gouvernement du changement sur le régime Kérékou sortiront-ils enfin des tiroirs ? Question délicate, à réponse multiple, sinon, deux au moins. La première réponse est que le gouvernement, acculé par les bailleurs de fonds, pourrait être contraint à se plier à leur exigence. La seconde est qu’il sera particulièrement difficile pour le président Boni Yayi d’accéder à cette doléance, en raison de certaines réalités purement politiques, qui ne l’arrangent guère. Equation à deux inconnues donc pour le chef de l’Etat, qui devrait se retrouver logiquement dans un dilemme, face à cette affaire d’audits qu’il donne l’impression d’avoir reléguée pratiquement aux oubliettes. La requête des bailleurs de fonds de voir publier les audits réalisés par le gouvernement du changement met en effet Boni Yayi dans une situation inconfortable. Car, mettre sur la place publique ce document, classé top secret depuis trois ans, reviendrait à violer le secret que, pour des raisons diverses, il a fait le choix d’entourer d’un curieux mystère. Au nombre de ces raisons, le souci, sans aucun doute, de passer sous silence des faits révélés par le document et qui, mis à la disposition du grand public, rattraperaient leurs auteurs, aujourd’hui des inconditionnels du régime du changement, à travers leur gestion d’hier. Et Dieu sait s’ils sont nombreux, tapis dans les rangs des laudateurs assidus de Boni Yayi, dans l’intention inavouée de se préserver et de se protéger. Si ce n’était le cas, on peinerait à trouver les motivations de dernière ayant fait changer d’avis le président de la République sur la nécessité de publier les résultats de ces audits, très attendus en son temps de la majorité des Béninois, d’autant que leur réalisation et leur publication étaient perçues comme le coup de massue qui devrait assommer les auteurs des faits éventuels ou potentiels contenus dans le document. Des ministres du gouvernement précédent ont ainsi été soupçonnés de corruption et de légèreté de divers ordres.
LE STATU QUO
Mais, contre toute attente, intervint la rebuffade du pouvoir, qui déçut tous les espoirs des Béninois de connaître la vérité. Seulement, s’agissant de vérité, même la portion congrue du document révélée et qui n’était que la partie visible de l’iceberg a été sujette à contestations et dénonciations d’acharnement sur certains ministres ; et ce, peut-être à raison, les audits s’étant occupés de détails quasi inutiles, tel que l’achat de jouets offerts aux progénitures des personnels des ministères à l’occasion des fêtes de fin d’année. Est-ce une autre raison justifiant la mise sous le boisseau du document afin d’éviter des contestations et de préserver le pays d’éventuelles tensions sociopolitiques ? C’est une autre interrogation¸
Quelle qu’ait pu être la situation, c’est le statu quo aujourd’hui. Pas de résultats. Le peuple est resté sur sa faim, et la déception a gagné les cœurs.
Il reste à se demander à présent si le dossier pourra rebondir, à la faveur de l’exigence annoncée des partenaires au développement. Encore une question, à laquelle l’avenir devra aider à répondre. En attendant, le dilemme du chef de l’Etat reste entier. Boni Yayi cèdera t-il à une éventuelle pression des partenaires au développement en acceptant de dépoussiérer ces audits ? Les questions se succèdent, décidément ! Et seul le président de la République pourra leur donner leurs justes réponses. S’il choisit de satisfaire les bailleurs de fonds, il pourrait sacrifier ceux de ses compagnons d’aujourd’hui rattrapés par l’histoire. S’il fait l’option contraire, des portes pourraient bien se fermer devant lui, par ces temps où la crise financière internationale dicte sa loi. A lui de faire le meilleur choix.
Sébastien DOSSA
Journal NOUVELLE EXPRESSION 06/07/09
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