Actualité nationale: Célestine Zanou fait le procès du Changement en dix points
Candidate malheureuse à la dernière élection présidentielle, Mme Célestine Zanou ne fait pas la langue de bois. Au cours de la conférence de presse qu’elle a donnée hierjeudi à Novotel Orisha pour apprécier les trois ans de gestion du régime du Changement, elle n’est pas allée du dos de la cuillère pour taxer le régime en place de système lâche qui n’a pas été à la hauteur des missions républicaines. Une occasion qu’elle a saisie pour étaler les dix reculs du régime dit du Changement. C’étaient en présence des leaders de l’alliance Union fait la nation.Les acquis de la Conférence des forces vives de la nation sont-ils en harmonie avec la vision du régime en place depuis son avènement à cette veille du 49e anniversaire de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale ? C’est autour de ce thème que Mme Célestine Zanou a axé la sortie médiatique qu’elle a effectuée hier jeudi 31 juillet 2009 à Novotel Orisha. Le statut de l’opposition, la cohésion sociale, la liberté de presse, la gouvernance économique, la Commission électorale nationale autonome (Cena), le climat des affaires, le climat social, la liberté d’expression, la gestion du pays, le sens des valeurs sont les dix points rigoureusement scannés par la candidate malheureuse à la présidentielle de 2006. Un exercice qui lui a permis de découvrir les 10 reculs du régime du pouvoir en place par rapport aux acquis de la Conférence nationale de février 1990.
Avec la verve qu’on lui connaît, Mme Célestine Zanou n’a pas ménagé ses mots pour qualifier les prises de position du gouvernement par rapport à certains faits de l’actualité nationale d’actes attentatoires à la liberté. Pour illustrer sa remarque, elle a entre autres fait allusion à l’interdiction de la marche des femmes du parti ‘’Nep Mixalodo’’, le limogeage du président de ce parti Paul Gninmagnon et l’interdiction de la marche des travailleurs. Pour Mme Zanou, ce sont des dérives inacceptables que le gouvernement a commises. Une situation qui selon elle, n’est ni plus ni moins le bradage des acquis démocratiques et une érection mensongère. Après avoir passé en revue les dix remarques qu’elle a regroupées en cinq grands pôles à savoir le pilotage économique à vue, le traitement social inégalitaire, le débat politique biaisé, le recul du sens de l’Etat et le recul du sens des valeurs, la conférencière a conclu que « le système est lâche et il n’y a pas autre mot pour le qualifier ». Pour l’aider à sortir d’affaires, elle lui a proposé de se référer aux actes posés par les régimes défunts. Le dossier Cen-Sad n’a pas non plus échappé à l’attention de l’ex directrice de cabinet de l’ancien président de la République Mathieu Kérékou. Après l’avoir qualifié de scandaleux, elle a invité le gouvernement à confier le dossier à un cabinet d’audit international. La deuxième partie de la conférence de presse qui a été consacrée aux préoccupations des hommes des médias a permis à ceux-ci de demander à la conférencière si ses prises de position ne se justifient elles pas par rapport au rejet de sa candidature à un poste à l’Union africaine ou si elle ne serait pas intéressée par un poste au gouvernement. Mme Zanou a fait savoir qu’elle n’a jamais rien demandé à personne et qu’elle n’a pas besoin d’aller au gouvernement avant d’apporter sa contribution pour la construction d’un Bénin émergent.
Cette sortie médiatique qui a eu lieu à la veille du 49e anniversaire du Bénin a enregistré la participation d’éminentes personnalités politiques à savoir Séfou Fagbohoun du Madep, Léhady Soglo de la RB, Sacca Fikara et Bako Arifari du G13, du ministre Gaston Zossou et des membres de la Société civile.
Odi I. AÏTCHEDJI
Journal 24 HEURES AU BENIN 31/07/09
Les dix reculs du Changement selon Zanou
PILOTAGE ECONOMIQUE DESASTREUX
Ma conception du pilotage économique
C’est un mode de gestion des affaires publiques qui contribue au renforcement de la démocratie mais aussi et surtout à l’établissement de la confiance publique dans l’action et l’administration de l’Etat. Il implique :
•La budgétisation, l’exécution et le contrôle des dépenses publiques ;
•Le respect des procédures administratives et financières de passation des marchés publics ;
•La lutte contre la corruption ;
•Une utilisation optimale des ressources humaines ;
•La mise en place d’un cadre d’action.
Mon Constat
•La gestion hasardeuse des finances de l’Etat. Les OP passés de 10 milliards en 2006 à plus de 22 milliards en 2008 ; les décaissements non autorisés par l’Assemblée nationale en violation de toute ortnodoxie financière.
•La passation des marchés gré à gré est devenue la règle, sous prétexte de prétendus travaux urgents, prioritaires et indispensables (cas des travaux de réfection du CIC et du Palais des Congrès dans le cadre de la CEN-SAD).
•Pour lutter contre la corruption, l’échec est patent, et pour cause : la non publication des audits de gestion réalisés aux frais du contribuable, l’opacité autour des recettes issues de la gestion de l’escorte des véhicules d’occasion, la banalisation des alertes lancée par les députés sur la mauvaise gestion des ressources de l’Etat, etc.
•Un secteur privé national sacrifié ou marginalisé, quand ses acteurs ne sont pas tout simplement contraints à l’exil.
•Absence d’un Programme de gouvernement, c’est-à-dire des objectifs clairs déclinés en actions avec des échéances et des indicateurs de performance.
Mes propositions
•Restaurer la discipline budgétaire en respectant le Parlement dans son rôle d’autorisation préalable des dépenses publiques.
•Lutter contre la corruption en faisant des choix clairs : engager un cabinet d’audit international pour faire la lumière sur le dossier CEN-SAD et faire l’option de la séparation des fonctions et des gains politiques et économiques, car derrière les sociétés adjudicataires se cachent bien de noms.
•L’amateurisme et l’improvisation doivent faire place à une gestion planifiée et efficiente des ressources humaines et financières.
•Au nom de la transparence, de la fin de l’impunité et de la reddition de comptes, traiter au mieux les dossiers Sbee, Soneb, Loterie Nationale du Bénin, Microcrédit, Gsm et fonds de l’Escorte.
•Le secteur privé doit prendre toute sa place pour un développement économique harmonieux et durable.
TRAITEMENT SOCIAL INEGALITAIRE
Ma conception de la justice sociale
Il s’agit impérativement de gérer les ressources de l’Etat au profit du peuple sans distinction de sexe, de région, de religion, ni d’appartenance politique.
Le bien-être et la prospérité sont dus aux Béninois sans exiger d’eux en retour un culte de la personnalité ou une adhésion aveugle à une vision politique ; c’est un principe élémentaire du développement et le fondement inhérent au pluralisme démocratique.
Mon Constat
•Des politiques sociales improvisées et à relents électoralistes sont devenues monnaie courante.
•Les ministres et autres hauts fonctionnaires sont réduits à des microcosmes villageois, leur enlevant tout sens de l’Etat et créant des frustrations chez eux qui n’ont pas les leurs promus.
•La région et la religion sur un tapis d’allégeance politique au chef remplacent la compétence et le mérite dans le positionnement des cadres et l’attribution des marchés publics.
•Selon le dernier rapport du Syndicat de l’Administration Centrale des Finances, l’Administration publique béninoise est politisée et régionalisée. Le dépouillement d’un sondage ayant porté sur 218 Agents montre que les critères de nomination dans l’Administration sont : l’appartenance politique suivie de l’appartenance régionale puis religieuse. Nulle part ne se trouvent la compétence et autres critères objectifs connus, tels que l’expérience, l’ancienneté et la compétence. Il y a là un véritable problème pour le rendement dans l’Administration qui conjugue désormais des frustrations, alimente des querelles interpersonnelles et qui soumettent les travailleurs à une psychose constance d’instabilité à leur poste, du fait des renouvellements fréquents de gouvernement et de la guerre ouverte aux honnêtes gens.
Mes propositions
•Libre cours doit rester à l’ascenseur social pour la promotion de la compétence et du mérite.
•Privilégier des politiques sociale qui prennent en compte le grand nombre en lieu et place des actions démagogiques, ostentatoires et à visées électoralistes : micro crédit aux plus pauvres, gratuité césarienne, gratuité des inscriptions à l’Université etc…
•La République doit rester un recours impartial pour tous et aucun agent de l’Etat ne doit se sentir marginalisé pour des raisons ethniques, religieuses ou politiques.
•L’argent doit cesser d’être le roi et le maître en tout donnant ainsi la chance à l’homme « ETRE » en lieu et place de l’homme « AVOIR ».
DEBAT POLITIQUE BIAISE
Ma conception du débat politique
L’option du pluralisme démocratique exige de tous, le respect du principe du débat contradictoire. Il va sans dire qu’aucun pouvoir établi ne peut se considérer comme détenteur de la vérité absolue. L’opinion publique a donc besoin de points de vue contradictoires et libre cours doit être donné à leur expression par l’opposition et une société civile libre et crédible.
Mon Constat
•Une initiative digne des périodes monarchiques a bâillonné la presse béninoise dans sa grande majorité, avec la signature de contrats aux clauses plus évocatrices de la volonté des hommes du pouvoir à s’ériger en détenteurs uniques de la vérité. Ceux qui veulent rester professionnels sont menacés voire persécutés. Ce sont là l’une des causes de la régression du Bénin dans les classements régionaux et internationaux et le prochain rapport des reporters sans frontières n’augure pas de perspectives meilleurs.
•Les hommes politiques qui expriment ouvertement leurs désaccords par rapport au pouvoir en place n’ont plus droit aux antennes des médias publics et même aux espaces publics d’échanges. Ainsi, on assiste à une monopolisation de l’image et des espaces par les chantres du Changement avec, à l’appui, des marches de soutien télécommandées qui infantilisent la population et désacralisent nos valeurs socioculturelles et les hommes qui en sont les garants (manipulation de têtes couronnées).
•La statut de l’Opposition s’est écarté de l’esprit et la lettre de la loi de 2004.
•Les libertés syndicales reconnues mondialement sont bafouées sous des prétextes fallacieux défendus par un ministre de l’intérieur vite démenti par le Maire de Cotonou.
•Les démons de la division sont plus que jamais de retour, aussi bien dans des familles, dans les partis que dans les régions et le pays tout entier.
Mes propositions
•Redorer le blason de la presse et des médiats terni par trois années de gestion autocratique afin que la liberté retrouvée et assortie d’une action de veille démocratique reste la sentinelle du développement et de l’image de notre pays.
•Surseoir aux manipulations des consciences à coups de billets de banque et d’intimidation et à l’assaut des instruments de contre-pouvoir que sont notamment le Parlement, la Haac, la Cena, etc…
•Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire est un comportement coupable qui frise la complicité. Il faut souscrire résolument, sans tomber dans l’activisme et les dénonciations sans fondement, à une critique constructive sous-tendue par des propositions alternatives. C’est notre sens du devoir.
•Créer les conditions objectives qui permettent à l’opposition et aux Syndicats de s’exprimer librement et de jouer leur rôle dans une démocratie moderne.
LE RECUL DU SENS DE L’ETAT
Ma conception du sens de l’Etat
C’est l’expérience au service d’un sens élevé du service public. De façon plus précise, c’est l’association d’une partie morale et d’une partie expérience qui ne s’acquiert qu’au contact des réalités des affaires d’Etat ; et la maîtrise de l’Administration avec ses rouages objectifs en est un ancrage essentiel et incontournable. Certain pays l’ont si bien compris qu’ils ont érigé un cadre spécial d’acquisition du savoir, du savoir-faire et du savoir-être nécessaires à l’accomplissement de toute haute responsabilité où ce sens de l’Etat est indispensable. A défaut, l’expérience pratique acquise à divers niveaux pendant plusieurs années de responsabilité reste la règle. « sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Et les connaissances sans l’expérience ne conduisent qu’à l’inefficacité. Dans le cas d’espèces, les diplômes acquis à l’Université, quel que soit leur niveau, ne peuvent remplacer le sens de l’Etat dont l’absence conduit inévitablement à des errements. Car A danser dans l’obscurité on finit toujours par casser les plats, à commencer par les siens propres.
Mon Constat
Le manque du sens de l’Etat au niveau des dirigeants actuels se traduit par :
•L’absence d’une conscience claire de la souveraineté.
•Le choix des hommes à des postes de responsabilité est sujet au clientélisme et à l’appartenance à la même chapelle.
•Le manque de clairvoyance dans l’établissement d’une échelle des priorités de l’Etat justifie les engagements hasardeux, précipités et inconséquents.
•Le non-respect des lois et des institutions de la République. Cas des élections locales, communales et municipales jamais conduites à terme depuis plus d’un an, ce qui n’émeut guère le garant de la constitution ; caporalisation des institutions de la République sans état d’âme.
Mes propositions
•Faire le choix définitif et responsable d’une diplomatie qui force le respect.
•Responsabiliser chaque acteur de l’Administration publique, notamment les ministres et autres hauts cadres, afin de les associer aux prises de décision pour les rendre comptables de leur gestion.
•Respecter les lois et les institutions de la République afin de graver dans l’esprit des citoyens, le sens d’un Etat véritablement démocratique.
•Se comporter en véritable chef d’orchestre pour rendre effectif le leadership tant prôné. Un adage de chez nous dit : « ne refuse pas à un enfant de labourer le champ la nuit. Quand il aura perdu la trace des sillons, il reviendra tout seul à la maison. » Nous attendons donc le grand retour…
LE RECUL DU SENS DES VALEURS
Ma conception du sens des valeurs
C’est l’intégration systématique de nos actes et pensées dans un cadre vertueux. Le sens des valeurs garantit une gestion harmonieuse des hommes et des ressources et assure une concorde sociale, base d’un développement autocentré et autoentretenu. Les valeurs ne sont ni partisanes ni discriminatoires ; elles se cultivent et ne souffrent d’aucun rejet dans le temps ni dans l’espace.
Mon Constat
Depuis 2006, une imposture plonge le pays dans une négation des valeurs au profit du mensonge, de la division des familles, des partis politiques, des religions, voire de tout le pays, au profit de l’incompétence doublée de l’escroquerie intellectuelle, de duperie, de gaspillage des ressources humaines et financières, du manque de leadership éclairé, de la culture de la démagogie, du culte de la personnalité, etc…
Mes propositions Le bien, le beau, le bon et le parfait ne peuvent jaillir que le l’intersection de la connaissance, l’expérience et du sens des valeurs. Il importe donc de promouvoir un sens des valeurs qui cultive en chacun :
•La responsabilité, celle qui nous permet d’assumer tous nos actes ;
•Le respect dans ses trois composantes : respect de soi, respect de l’autre, respect du bien commun ;
•La vérité, qui se définit comme la cohérence entre le dire et le faire. C’est l’origine première du respect de la parole donnée.
•L’humilité, qui permet de nous remettre en cause pour toujours tendre vers la perfection sans faire du tort à qui que ce soit.
•La solidarité, cette valeur authentiquement africaine qui nous permet de dépasser les clivages pour construire ensemble.
LA PORTE DU CHANGEMENT NE PEUT S’OUVRIR QUE DE L’INTERIEUR. LE VRAI CHANGEMENT EST A CE PRIX.
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