Chronique du jour: Le vœu inachevé de l’émergence
Le changement développe ses ambitions dans le rêve de l’émergence. Le modeste Bénin aspire légitimement à être une puissance économique. Le désir d’être grand est indubitablement un levier moral de développement. Mais l’émergence n’est pas le produit d’un décret. Elle ne peut prendre corps sans un réflexe et des habitudes susceptibles de lancer le mouvement et le vrai décollage.Notre pays, avec ses huit millions d’âmes bénéficie d’un atout géographique mal exploité. On ne s’investit pas à travailler la position stratégique au crédit de la République avec un port qui fait saliver les pays de l’Hinterland que sont le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Le port continue, malgré tout, d’injecter un flux financier dans l’économie béninoise et d’assurer son rôle de moteur de croissance. Mais des maladresses enveloppées dans certaines pratiques menacent la rentabilité de cet avantage géographique doublé de l’élément portuaire. Le harcèlement des forces de l’ordre sur la route fait proliférer la crainte dans le milieu des hommes d’affaires des pays de l’Hinterland. La monstrueuse tracasserie dans laquelle excellent les ripoux répand en effet les affres du doute. Combien de postes de contrôle jonchent le trajet des commerçants jusqu’aux différentes frontières ? Combien de fois les transporteurs doivent-ils négocier la bonne humeur des forces de l’ordre ? Le voyage se fait au prix d’une incommensurable générosité envers les ripoux. L’immense escroquerie se poursuit sur nos voies dans l’indifférence générale de la hiérarchie policière et de la gendarmerie. Sous le poids du vaste filet de l’arnaque dans les multiples postes de contrôle, les commerçants étrangers risquent d’abandonner le port de Cotonou, laissant ainsi au pays en quête d’émergence, ses habitudes de rustre.
La pluie de slogans lancés pour distribuer les hallucinations de développement n’inspire décidément pas de bonnes résolutions à nos dirigeants. La proximité du grand Nigeria est une chance gaspillée sans mesure. Le gigantesque marché du voisin de l’Est reste timidement cultivé. Le projet de zone franche de Sèmè est toujours à l’étape de projet. Le Bénin tarde à amender sa politique d’exploitation de la chance nigériane. Le développement d’une impressionnante industrie de jeux dans l’espace viable souhaitée, aura une forte charge positive sur l’attraction béninoise. Les opérateurs économiques nigérians ne rechigneraient pas à délaisser sporadiquement Londres pour s’acheter le plaisir sur notre territoire embelli par un Las Vegas en miniature.
Le coton ne peut être le seul support de développement. L’or blanc connaît d’ailleurs ses propres misères et on ne se fait aucune illusion sur le sort qui lui semble réservé. Les slogans produisent peu de choses et cultivent la démagogie et les chimères. Le bavardage éloigne plutôt du pragmatisme porteur d’espoir. Le couloir des pays de l’hinterland attend une exploitation conséquente, la puissance nigériane n’exige que de la lucidité d’un Bénin qui ne cesse de vanter ses vœux de l’émergence. Peut-être un vœu pieux. A force de ne pas s’illustrer dans des actes prometteurs, on balbutie en côtoyant les atouts stratégiques dont bénéficie notre pays. Et finalement la course effrénée vers l’émergence se fait dans un brouillon qui captive le pessimisme.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 28/09/09
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